Zino Khelfaoui publie un article dans le voume 37, printemps 2018, de la revue marocaine Critique Economique.

Introduction


La réflexion aujourd’hui engagée sur le rôle du capital humain dans le développement doit faire à notre sens un détour par la notion de territoire. Nombreux sont les pays, notamment en Afrique, qui ne trouvent plus ou n’ont jamais trouvé le secret de leur développement dans l’universalité du modèle fordiste. Ils exploitent alors de nouvelles opportunités et font émerger dans les faits des systèmes de construction économique et sociale manifestement en rupture avec les normes de la croissance et de l’accumulation. Qu’ils aient été au coeur du processus d’accumulation ou placés en sa périphérie, ces territoires sont confrontés à de nouveaux défis du fait des graves dysfonctionnements du marché du travail (populations jeunes, difficultés d’insertion, chômage élevé…).

Aujourd’hui, la mondialisation est concomitante de nouvelles formes de territorialisation ou de reterritorialisation de l’économie dans lesquelles s’articulent à l’économique les paramètres d’ordre institutionnel et social. Nouveau système certainement, nouveau modèle ? Probablement. Les défis en Afrique sont majeurs et le capital humain s’inscrit au coeur de ces enjeux pour l’avenir.
Le développement économique s’inscrit, désormais, dans un cadre global en profonde transformation. Il est ainsi admis que la globalisation s’accompagne d’un large accord sur les voies indispensables du progrès économique. Ces voies reposent principalement sur quatre conditions :
– l’ouverture sur les marchés mondiaux et la nécessité d’ajustements économiques socialement supportables ;
– l’insertion dans un cadre territorial cohérent et stable ;
– la consolidation d'une dynamique territoriale raisonnée afin de générer de la croissance économique endogène ;
– l’implication sociale et l’investissement dans le capital humain par le biais, en particulier, de la formation professionnelle et continue.
Ces quatre conditions forgent une sorte de vision universelle du développement économique dans laquelle la croissance économique se perçoit comme un processus linéaire nécessitant une adhésion massive à des principes communs tels que le développement du secteur privé, l’assouplissement du marché du travail, la refonte du système bancaire, la réforme du système de protection sociale…
Le caractère quasi irréversible de la libéralisation de l’économie, les difficultés de l’ancrage et de la régulation institutionnelle posent tout de même la question de la maîtrise des contenus de la croissance, du développement territorial et des incidences sociales.
Les fonctions essentielles de la modernité du développement des territoires fondent des logiques nouvelles d’un développement plus endogène qui se superpose aux logiques anciennes de l’économie de production et de consommation de masse. Les logiques de l’économie de l’environnement, de l’information, de la formation et de la ressource humaine mettent en avant-scène des territoires aux économies complexes où sont indissociables institutions et marché.
Les représentations et les stratégies que les acteurs adoptent dans les territoires correspondent de plus en plus à un système plus alternatif superposé aux anciennes logiques. On conçoit alors que l’innovation dans les stratégies d’acteurs au sein des territoires soit nécessaire. En réalité, les enjeux sont multiples. Ils marquent la nature et l’intensité des changements d’organisation et le devenir des sociétés dans un contexte où le développement économique et territorial s’inscrit dans un cadre où les conditions de la compétitivité, de l’attractivité et de l’aménagement des territoires se transforment rapidement et fondamentalement. Deux enjeux
majeurs peuvent être identifiés :
Le premier concerne l’adoption de la stratégie universelle de libéralisation.
Elle signifie la mise en place des conditions macro-économiques et institutionnelles du passage à l’économie de marché. En Afrique, cette stratégie s’appuie principalement sur deux voies très délicates et assez risquées socialement. Il s’agit, d’une part, de la privatisation des entreprises publiques qui bute souvent sur la faiblesse des marchés de capitaux dans les pays en développement et sur les résistances à l’épargne extérieure. Il s’agit, d’autre part, de la réforme de l’Etat par le biais du désengagement et de la
déréglementation. Cette stratégie nécessite une sorte de légitimation sociale, car les réformes doivent être admises pour être efficaces. En Afrique, cela constitue une véritable rupture par rapport à la régulation passée et par rapport à un contrat social dans lequel l’Etat jouait un rôle important de stimulateur de la cohésion sociale. L’enjeu est évidemment ici de taille, dans la mesure où le coût social est très élevé à court terme pour des résultats encore incertains sur le moyen terme et le long terme.
Le second concerne la mise en correspondance de l’organisation territoriale t du marché. En d’autres termes, le territoire devient un niveau d’accumulation Capital humain et exigences du développement économique moderne et d’organisation permettant d’accroître la performance des marchés. Cela suppose le développement de capacités originales pour agir sur l’environnement et soutenir les projets. Capacités que ne peuvent réunir les Etats agissant de manière isolée. L’exemple des productions agricoles et agroalimentaires est assez éclairant. En effet, l’évolution des marchés et de la demande mondiale nécessite des capacités élevées d’adaptation et de réactivité. Le caractère spécifique du produit et de son origine (produit terroir par exemple) ne suffit pas à garantir
la compétitivité. Il est donc absolument indispensable de disposer de ressources scientifiques et technologiques pour suivre les marchés et les anticiper. Ces ressources pour être efficaces doivent être fondées sur le partenariat et sur un réseau de compétences élargi. C’est à ce niveau que la formation et l’investissement en capital humain s’avèrent déterminants.
Ces deux enjeux constituent des défis pour l’avenir. Ils forment la base problématique à partir de laquelle devra se forger un sentiment d’appartenance africaine, source d’avantages additionnels dans un cadre spatialement déséquilibré et inégal.

Retrouvez la suite de cet article dans Critique économique n° 37 • Printemps 2018

159 p.

ISSN : 1114-2790

50 Dh

 


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