GHIOTTI Stéphane

Chargé de Recherche, CNRS, Géographie

PROGRAMMES ET ACTIONS DE RECHERCHE


Ces dernières années, la problématique développée autour de la thématique « eau » au sein du l’UMR 5045 a été plus particulièrement abordée sous l’angle des enjeux de sa gestion dans le bassin méditerranéen. Les recherches menées visent essentiellement à dégager les principales caractéristiques de la gestion et des pratiques collectives de l’eau. Elles s’inscrivent dans ce contexte et dans la dynamique de la relation « Eau, Territoires et Société ». Il ne s’agit d’étudier ni des modalités ni des régions en particulier mais de réaliser des études de cas en divers pays, afin de disposer notamment de visions à différentes échelles et d’éléments comparatifs susceptibles de permettre de dégager les principales évolutions à long terme que connaît cette relation. La perspective de recherche choisie est volontairement large, historique, géographique, économique, sociale et culturelle. Dans ce cadre, ma recherche s’organise autour de trois axes, particulièrement explorés dans un cadre international et comparatiste. La première partie de la recherche porte sur la réforme des politiques de l’eau et de leurs modalités de mise en oeuvre et ce, à différentes échelles (de l’international aux systèmes de gestion collectifs). Le deuxième axe questionne des liens entre gestion territoriale de l’eau et les processus de décentralisation politico-administratifs (intercommunalités…) et économiques (concession, gestion déléguée…) autour de ce qui est appelé comme « la bonne gouvernance de l’eau ». Enfin, un troisième point analyse la construction et les trajectoires des territoires de l’eau et de leurs (éventuelles) articulations avec les autres territoires de mobilisation liés au développement et à l’aménagement du territoire.

Ces orientations de recherche s’inscrivent dans un contexte d’évolution significatif des modalités de gestion des ressources en eau à toutes les échelles. En effet, la multiplication des enjeux liés à l’alimentation en eau potable conjuguée à la difficulté des politiques traditionnelles - fondées sur la mobilisation toujours plus grande des ressources - à faire face à ces défis a participé à la formalisation d’un discours nouveau consacré à la gestion de l’eau à l’échelle internationale. La gestion par la demande tend à supplanter la gestion par l’offre, nécessitant ainsi une nouvelle approche et de nouveaux outils. La nouvelle politique s’articule autour du thème de la rareté avec les notions de risques, de pénurie ou encore de crise hydraulique. Si les années 1980 furent marquées par les politiques d’ajustement structurel, les efforts consentis durant la décennie 1990 portent davantage sur les aspects institutionnels. Désormais, la réorganisation du secteur de l’eau et des modalités de sa gestion s’établissent dans un nouveau champ, celui de la « bonne gouvernance » s’inspirant très fortement du « Modèle français ». Ce changement enregistre ainsi le passage d’un mode de régulation plutôt centralisé et planifié vers un système plus « managérial » voulant associer l’ensemble des acteurs de l’eau, appelés aussi stakeholders. Ce nouveau référentiel issu du développement durable associe : un principe, la tarification à coût complet ; une méthode, la participation et la gestion décentralisée ; et enfin, un territoire, le bassin versant. Ces trois piliers de la « bonne gouvernance » sont censés assurer l’efficacité économique et sociale des réformes ainsi que leur démocratisation.

Concernant les terrains d’étude, les problématiques sont plus particulièrement explorées à l’échelle du bassin méditerranéen (Liban, le bassin méditerranéen occidental et France) et sur des objets géographiques tels que les espaces montagnards et les espaces péri-urbains.

 

TERRAINS

Au Liban : « Le bassin versant du Nahr Beyrouth : étude environnementale et sociale, pour un développement durable - Aide à la décision ».
De l’alimentation en eau de Beyrouth... aux enjeux territoriaux de la réforme de la politique de l’eau

Dans une première phase, les travaux visaient à l’étude globale du bassin versant, notamment les conséquences de l’occupation humaine sur le fonctionnement de ce système de plus en plus fortement urbanisé, en raison de la croissance de l’agglomération beyrouthine. Afin de répondre aux impératifs de faisabilité et aux problématiques du laboratoire d’accueil, le champ d’analyse s’est concentré principalement sur les enjeux liés l’alimentation en eau potable de la capitale, dans la mesure où les ressources du bassin versant du Nahr Beyrouth sont de plus en plus sollicitées. Ce cadre d’étude se révélait riche dans la mesure où il concentre et conjugue bon nombre de problématiques que l’on retrouve à l’échelle du Liban (risques naturels, sanitaires, pollutions, jeux politiques, aménagement du territoire…). Cette recherche se proposait alors de prolonger les axes et les thématiques de recherche développées jusqu’alors dans le cadre de la thèse. Ainsi, les travaux s’orientaient vers la poursuite d’une réflexion : théorique sur l’objet « bassin versant », méthodologique via une approche comparative, et territoriale en étudiant les interrelations gouvernance métropolitaine et gouvernance environnementale.

Dans une seconde phase, la problématique initiale s’est élargie d’un point de vue thématique et spatial. Comprendre l’alimentation en eau de la ville de Beyrouth a nécessité l’étude de l’organisation institutionnelle et de la gestion du secteur de l’eau potable au Liban, secteur en pleine mutation depuis la fin de la guerre civile. A ce titre, les travaux menés se sont orientés sur l’analyse de la réforme de la politique de l’eau au Liban et plus particulièrement sur les enjeux territoriaux qui lui sont liés. En effet, depuis le début des années quatre-vingt-dix, le Liban est engagé dans un large processus de reconstruction. Parmi les nombreux chantiers engagés (au sens propre comme au sens figuré), le secteur de l’eau fait partie, au moins dans les discours, des priorités et reste très dépendant des financements internationaux, compte tenu des investissements nombreux à consentir et du jeu politique libanais. C’est pourquoi, dès 1992 et en parallèle à la remise en état des infrastructures, l’Etat Libanais poursuit sous l’impulsion de la Banque Mondiale, un projet de réforme visant à la réorganisation institutionnelle de la politique de l’eau. Ce dernier prend forme sur fond de mondialisation des problématiques (Conférence de Rio en 1992) ce dont témoigne la place centrale faite aux principes du développement durable basés sur le principe de la « bonne gouvernance ».

Cette mise en perspective semble particulièrement adaptée à rendre compte des logiques poursuivies (mise en place d’une gestion déléguée), des découpages territoriaux retenus (bassin versant), ainsi que de la multiplicité des échelles à laquelle se pose la problématique (métropole, littoral, Liban). La gestion de l’eau replacée dans les dynamiques urbaines et territoriales qui parcourent le Liban permet une lecture des choix opérés en terme de développement et d’aménagement du territoire et de démocratie.

Afin de poursuivre les recherches engagées, des rapprochements ont été opérés avec les chercheurs de l’Université Lyon iii, umr-cnrs 5600 Environnement-Ville-Société - Eric Verdeil - et de l’Institut d’Urbanisme de Lyon Lyon ii en la personne de Franck Scherrer.

Des collaborations ont débuté sur la base de mon intégration au sein de leur projet de recherche financé par l’AUF « Environnement et développement durable » - 2006-2008 intitulé Les services urbains dans les villes moyennes du sud de la Méditerranée : évaluer la transition.

Bassin méditerranéen occidental

La recherche menée sous la coordination du Ladyss (J.-P. Billaud), vise à analyser, dans quatre pays de la Méditerranée - Maroc, Tunisie, Espagne, France - les risques environnementaux liés à l’irrigation agricole et les différentes manières dont ces risques sont perçus et gérés par les acteurs concernés, en particulier au niveau local. Il s’agit ici d’une contribution en équipe au programme cnrs-shs « Eau Environnement et Société » (2004-2005) intitulé Crises hydrauliques et perceptions du risque environnemental en Méditerranée occidentale (projet crique - 2004-2005).

Cette première recherche se prolonge sur la période 2006-2009 par un nouveau programme qui s’intitule Risques et inégalités face à la gestion de la ressource hydraulique en Méditerranée occidentale. Ce programme associe de nouveaux pays (France, Algérie, Tunisie, Maroc, Espagne, Portugal), et se trouve financé par la MSH Paris 6 et le CNRS CNRS. Pilotage du projet : J.-P. Billaud et A. GANA, laboratoire Ladyss.

L’équipe de Montpellier en collaboration avec A. Honegger (laboratoire EVS de Lyon III) centre sa recherche sur les dispositifs de gestion de l’eau (DGE). L’approche retenue se place délibérément dans une perspective de type multi-usages retraçant les dynamiques d’évolution des usages et des fonctions de l’eau (récréative, environnementale etc.) au sein d’un territoire marqué par la péri-urbanisation. Elle se fixe pour objectif de participer à une approche globale de la gestion de l’eau, même si le point de départ de l’analyse concerne plus particulièrement l’eau consacrée à l’irrigation. Le périmètre de l’Association Syndicale Autorisée du canal de Gignac, (Hérault) constitue le territoire d’étude.

En France : La gouvernance de bassin versant ou les limites d’une évidence

La mise en oeuvre conjointe en France de la directive cadre européenne (dce), de « l’acte ii » de la Décentralisation et de la Charte de l’environnement renforce considérablement une tendance déjà ancienne à la territorialisation de la politique de l’eau. Le territoire acquiert un statut nouveau, celui de concept opératoire aussi bien dans le domaine de l’aménagement du territoire que dans celui de la gestion de l’eau. Gage de l’adaptation de ces politiques aux contextes et aux enjeux locaux, il est censé depuis les années 1990 leur assurer la lisibilité démocratique et l’efficacité sociale et économique. En France, c’est le concept de bassin versant qui sert de cadre à la gestion territoriale de l’eau. Mais si cette approche fonctionnaliste traditionnelle par bassin est malgré tout renforcée par le vaste mouvement de recomposition organisationnelle et politique en cours, ce dernier fait émerger d’autres constructions dont les logiques ne sont pas toujours en adéquation avec le « modèle ». A côté DU territoire de l’eau (ré ?) émergent ou se constituent DES territoires de l’eau, pas toujours en lien avec les approches naturelles ou environnementales mais plus en phase avec les logiques intercommunales, départementales et régionales articulées autour de la décentralisation.