La recherche

Les grandes lignes du projet scientifique 2015-2019


Questionnements et objectifs fédérateurs

Le renouvellement des stratégies de développement et des dynamiques de recompositions territoriales se déploient dans un contexte de globalisation et de complexification des configurations d’acteurs, nécessairement inscrits dans des jeux de pouvoirs et d’asymétries (Raffestin, 1980 ; Beck, 2003)[1]. Nous comprenons la globalisation comme une multiplicité de processus d’intégration socio-économique et spatiale dans le référentiel de marché en faisant l’hypothèse qu’elle s’articule à des dynamiques locales pouvant non seulement produire de l’uniformisation, mais générer aussi des processus de différenciation et de segmentation ; autant de dynamiques qui participent d’une redéfinition des relations entre acteurs pour l’accès et la répartition des ressources et à une reconfiguration des territoires à différentes échelles. Ces tensions reposent sur une reconfiguration des rapports de pouvoirs au sein de nouvelles arènes de politiques publiques, au moment même où les approches classiques trop centrées sur les Etats ou sur une hypothétique relève du secteur privé ont montré leurs limites. On assiste ainsi à une complexification des liens entre territoires et développement qui s’inscrit dans des contextes de crises et de changements, dont certains retiennent plus particulièrement l’attention de l’unité :

  • laboratoires de transformation, les crises économique, financière et écologique conduisent à questionner les paradigmes pluriels du développement (théorie de la croissance, développement humain, durable, territorial, local), en même temps qu’elles suscitent un regain d’intérêt pour des approches territorialisées des questions sociales, économiques et politiques.
  • la diversification des formes de mobilité, l’accélération des échanges et des circulations, accompagnée par les innovations technologiques (dans les transports, la communication) et par les transformations du marché, mettent en exergue l’impasse d’une globalisation contradictoire entre, d’un côté, des logiques de fluidité et d’ouverture, et de l’autre, des logiques de barrière, de contrôle et de fragmentation (Bauman, 1999)[2].
  • les nombreuses formes de marginalisation socio-économique et de ségrégation ouvrent de vifs débats autour des questions d’inégalité, d’inclusion sociale et d’injustice. Or ces enjeux ne se limitent plus aux seuls champs de politiques sectorielles (agriculture, pauvreté, éducation, logement etc.), mais questionnent l’articulation entre dynamiques territoriales, action publique et relations public-privé.
  • l’attention portée aux enjeux environnementaux met en lumière les tensions et la compétition accrue autour des ressources que reflètent les débats actuels sur la transition énergétique, la biodiversité, la gestion de l’eau ou encore transactions foncières à grande échelle. Se posent avec d’autant plus d’acuité les questions de la régulation environnementale et de la gestion territoriale des ressources, avec la nécessité forte d’une articulation entre échelles locales et globales.
  • enfin, les phénomènes d’urbanisation et de métropolisation ne cessent d’interroger les formes de l’urbanité et de la ruralité, la fonction des villes et des campagnes, en lien notamment avec la question alimentaire et le devenir des agricultures au Nord comme au Sud. De façon transversale, se pose aussi la question des capacités de mobilisation et d’organisations des acteurs ordinaires (Hatzfeld, 2011) [3] - agriculteurs, habitants, citadins, migrants…- dans des contextes de recomposition des territoires fonctionnels et institutionnels.

Responsables : J.-M. Sourisseau (CIRAD), Véronique Ancey (CIRAD), Pascal Chevalier (Univ. Montpellier III)

Membres : Ward ANSEEUW (CIRAD) - Vincent BARON (CIRAD) - Jean-François BELIERES, agro-économiste (CIRAD) - Philippe BONNAL (CIRAD) - Robin BOURGEOIS, agro-économiste (CIRAD) - Régis DARQUES, géographe (CNRS) - Marc DEDEIRE, économiste (Univ. Montpellier III) - Sandrine FREGUIN-GRESH, agro-économiste (CIRAD) - Jean-Jacques GABAS, économiste (CIRAD) - Michel GARRABE (Univ. Montpellier) - Guillaume LACQUEMENT, géographe (Univ. de Perpignan) - Jean-François LE COQ, agro-économiste (CIRAD) - Brono LOSCH (CIRAD) - Gilles MASSARDIER (CIRAD) - Sara MERCANDALLI (CIRAD) - Kako NUBUKPO (CIRAD) - Vincent RIBIER, économiste (CIRAD) - Eric SABOURIN (CIRAD)

Les dynamiques territoriales sont profondément marquées par les processus de globalisation et d’urbanisation. Les interactions entre les échelles locales, nationales et internationales n’ont jamais été aussi intenses et composites. Dans ce contexte, les recompositions rurales, ou ce que certains appellent aujourd’hui les « nouvelles ruralités », s’affirment au nord (Rieutord, 2012) comme au sud (Perez et al., 2008, Losch et al., 2013,)[1]. Elles nous engagent à l’analyse des multiples formes de ses expressions, dynamisées par la mobilité des personnes, des flux de biens et services ou de la circulation des normes et des référentiels. Mais la rapidité des recompositions rurales interroge aussi les catégories d’analyse et les modalités des politiques publiques. La problématique de l’axe porte ainsi sur l’articulation entre recompositions territoriales rurales et re-conceptualisation des orientations, cadres et contenus des politiques publiques.

Responsables : Stéphane GHIOTTI (CNRS), Audrey RIVAUD (Univ. Montpellier III) 

Membres : Alix AUDURIER-CROS, géographe (ENSAM) - Alexandre BRUN, géographe(Univ. Montpellier III) Dorothée CHARLIER (Univ. Montpellier) - Mohamed DJOULDEM (Univ. Montpellier III) - Ludivine ELOY, géographe (CNRS) - Stéphane GHIOTTI, géographe (CNRS) - Thierry Giordano (CIRAD) - Thierry LINCK (INRA) - Jacques MARZIN (CIRAD) - Jacques PERCEBOIS, économiste (Univ. Montpellier) - Christian PONCET, économiste (Univ. Montpellier) - Audrey RIVAUD (Univ. Montpellier III) - Sylvain RODE (Univ. Perpignan) - Julie TROTTIER, sciences politiques (CNRS) - Geert VAN VLIET, économiste (CIRAD).

Cet axe interroge le rôle joué par les ressources naturelles dans la recomposition des organisations, des réseaux d’acteurs et des espaces. La ressource naturelle est ici appréhendée comme une co-production de l’ordre naturel et de l’ordre social. En effet, la valeur qu’on lui accorde, les usages que l’on juge acceptables, le mode de gestion que l’on considère optimal relèvent tous à la fois de sa matérialité, de notre compréhension de cette matérialité au sein de l’environnement et des interactions sociales qui se nouent à leur sujet (Jasanoff, 2004)[1]. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux processus conduisant à la mise en place de régulations publiques qui déterminent les conditions d’accès, d’appropriation et d’utilisation des ressources naturelles. La nature localisée de ces ressources souligne le rôle des différents acteurs et autorités qui contrôlent le territoire, ce qui conduit le géographe, l’économiste et le politiste à comprendre le « système-ressource » (Maillefert et al., 2011)[2].

Responsables : Sophie MASSON (Univ. Perpignan), Lucile MEDINA (Univ. Montpellier III), Denis PESCHE (CIRAD)

Membres : Henry BAKIS, géographe (Univ. Montpellier III) - Catherine BERNIER-BOISSARD (Université de Nîmes) - Isabelle BERRY-CHIKHAOUI, géographe (Univ. Montpellier III) - Geneviève CORTES, géographe (Univ. Montpellier III) - Dominique CROZAT (Univ. Montpellier III) - Aurélie DELAGE (Univ. Perpignan) - Cyrille FERRATON (Univ. Montpellier III) - David GIBAND, géographe (Univ. de Perpignan) - Marie HRABANSKI, sociologue (CIRAD) - Cécile JOUHANNEAU (Univ. Montpellier III) - Zino KELFHAOUI, économiste (Univ. Montpellier III) - Frédéric LANCON, économiste (CIRAD) - Valérie LAVAUD-LETILLEUL, géographe (Univ. Montpellier III) - Véronique MEURIOT, économiste (CIRAD) - Sandrine MICHEL, économiste (Univ. Montpellier) - Stéphane MICHUN (Univ. Montpellier III) - Benoit PREVOST (Univ. Montpellier III) - Max ROUSSEAU (CIRAD) - Catherine SELIMANOVSKI (IUFM) - Delphine Vallade (Univ. Montpellier III).

Le processus de globalisation est souvent appréhendé comme une ère du mouvement et de la fluidité, qui se traduirait par l’accélération des circulations et des échanges, par des mises en réseaux et des phénomènes de « déterritorialisation ». Les travaux réalisés dans le cadre du précédent projet ne vérifient pas ce discours apologétique. Ils ont au contraire montré que la ressource circulatoire, inégalement partagée, est source d’asymétries et de nouveaux rapports de pouvoir. Ils ont également insisté sur la construction de territorialités articulées aux organisations réticulaires (multi-localisation, territoires multi-situés, etc.), faisant émerger l’importance de l’ancrage territorial. La notion d’ancrage, que l’axe souhaite plus fortement investir dans le futur projet, se pose avec d’autant plus d’acuité que la crise du modèle de globalisation économique remet à jour l’enchâssement du marché dans des formes plurielles d’organisations et de constructions sociales.

Responsables : Valérie LAVAUD-LETILLEUIL (Univ. Montpellier III), Philipe BONNAL (CIRAD)

Le programme transversal alimente un questionnement central de l’unité autour des problématiques d’asymétries, d’action publique et de jeux d’échelles. En effet, la globalisation et la transformation des territoires à différentes échelles se caractérisent par des situations d’asymétrie au sein et entre les territoires et les populations en matière d’accès aux ressources, de modes de production et d’exploitation, ou encore de mobilités. Un autre élément de complexité est lié à l’imbrication des échelles des phénomènes en jeu et à l’autonomie plus ou moins forte du local vis-à-vis de ces échelles. La notion de « politique des échelles » (Brenner, 2004 ; Tarrow et McAdam, 2005)[1] nous aide à saisir la manière dont les acteurs s’emparent des nouvelles opportunités liées aux reconfigurations spatiales et à la multiplication des niveaux auxquels s’exercent les pouvoirs et émergent de nouvelles règles et normes (Blache and Flinders, 2004 ; Pasquier, 2011)[2]. Il s’agit aussi de concevoir ces processus non plus sous le seul angle de changements d’échelles mais comme de véritables jeux d’échelles dans lesquels les acteurs (individus, familles, habitants, acteurs institutionnels) interagissent, mobilisent des ressources et définissent des stratégies inédites. Ces jeux d’échelles et ces dynamiques inter-scalaires sont autant de constructions sociales dans des territoires multiples et fragmentés, expressions de processus socio-politiques autant que de projets d’acteurs individuels ou collectifs (Masson, 2009)[3].

Enfin, l’étude de ces processus nécessite de les replacer dans un cadre d’analyse de l’action publique, entendue de manière large comme « la façon dont une société construit et qualifie des problèmes collectifs, élabore des réponses, des contenus et des processus pour les traiter » (Thoenig, 2005, p. 290)[4]. Cette acceptation place le politique au centre de l’analyse du traitement des problèmes de société, sans pour autant réduire leurs résolutions à une action autonome et exclusive des gouvernements.