BATRAM – Bassins transfrontaliers au carrefour de la coopération et des conflits en Mésoamérique

2012-2015

Ce programme international de coopération scientifique propose de s’intéresser aux dynamiques de conflits et de coopération sur les bassins hydrographiques transfrontaliers en Mésoamérique (sud du Mexique et Amérique centrale). L’approche par bassin est particulièrement intéressante dans la mesure où cet espace naturel devenu territoire de gestion renvoie aux enjeux institutionnels, politiques, sociaux et environnementaux des questions d’accès et de partage des ressources [1]. En ce sens, il est à la fois un cadre d’analyse de ces enjeux mais aussi un objet d’étude en tant que tel. La gestion de l’eau par bassin transfrontalier tente de dépasser le cadre de gestion national et reconstruit des espaces de gouvernance. Dans le monde, il existe 277 bassins hydrographiques transfrontaliers [2] (aire de drainage délimitée par les eaux superficielles qui coulent vers un cours d’eau principal et dont le territoire s’étend au-delà des frontières d’un Etat). 24 se trouvent en Mésoamérique [3], dans lesquels coulent 13 fleuves internationaux (qui marquent la frontière) et un grand nombre de cours d’eau transfrontaliers. L’ensemble représente approximativement 10,7% de la superficie des bassins transfrontaliers du monde.

Le thème des bassins transfrontaliers en Amérique centrale et à la frontière sud du Mexique est fondamental pour cette région mais peu connu au dehors. S’il est certain que la région mésoaméricaine ne comprend ni les principaux cours d’eau mondiaux, ni les bassins hydrographiques les plus étendus de la planète, l’importance de ces bassins est pourtant cruciale pour son développement. Sur ces bassins se localisent des villes importantes, les principales zones agricoles d’exportation, des ressources hydriques fondamentales pour l’approvisionnement domestique, pour la production d’électricité et des axes de navigation et de flux commerciaux transfrontaliers. Ces bassins présentent une continuité culturelle et de ressources naturelles qui débordent les limites des frontières politiques. Cependant, ils correspondent aussi à des aires de concentration de pauvreté, qui accusent d’importants retards en matière d’accès aux services publics, en particulier eau potable et assainissement. Nonobstant leur caractère stratégique, ces territoires se retrouvent le plus souvent à l’écart des dynamiques actuelles de développement [4].

La coopération en matière de bassins transfrontaliers apparaît aujourd’hui comme un élément prioritaire dans les agendas nationaux et internationaux des politiques de l’eau. Jusqu’à une date récente, le Mexique a montré peu d’intérêt en la matière, hors de la dynamique qu’il partage avec les Etats-Unis sur leur frontière commune. Le PICS se propose donc d’aborder un thème peu médiatisé au sud du Mexique mais pourtant éminemment stratégique pour ce pays et les Etats voisins centraméricains. Il est d’ailleurs possible de déceler récemment dans l’aire mésoaméricaine une série de tentatives de coopérations de différentes natures qui constituent des perspectives encourageantes malgré les conflits récurrents. Les initiatives de coopération observables mettent en exergue les défis qui se posent pour la gestion des ressources hydriques transfrontalières et composent donc un contexte très illustratif sur ce thème.

Le morcellement politique de la Mésoamérique et son histoire récente lourde de conflits ont engendré un intérêt appuyé pour la question des frontières dans cette région [5]. Plus récemment, et dans toute l’Amérique latine, le thème de la coopération transfrontalière s’affirme comme un objet notable d’attention [6]. Si les dynamiques de conflits et de coopération sont par conséquent connues dans leurs grandes lignes, notamment dans leur dimension historique, leurs ressorts exacts et leurs impacts territoriaux contemporains sont loin d’avoir été analysés de façon systématique. Dans ce contexte, le programme propose une approche à la fois sociologique, géographique et politique des dynamiques que connaissent les bassins transfrontaliers de la région mésoaméricaine à partir de trois objectifs :

  • Caractérisation sociopolitique et spatiale des conflits sur les bassins transfrontaliers en Mésoamérique 
  • Analyse des dynamiques de coopération spécifiques aux bassins transfrontaliers 
  • Réflexion sur la dimension politique et sociale de la gestion des bassins transfrontaliers

Pour les deux premiers objectifs, il s’agira de saisir le positionnement des différents acteurs : Etats, gouvernements locaux, comités binationaux de bassins, populations, sans oublier les nouveaux acteurs transnationaux (banques et agences de développement, ONG) qui feront l’objet d’une attention particulière. L’analyse transversale des programmes de coopération existants sur les bassins transfrontaliers étudiés permettra d’en dégager les objectifs de ces programmes, leurs contenus préétablis ainsi que leurs périmètres et leurs conditions d’implémentation qui détermine leur dimension adaptative.

A l’échelle internationale prédomine aujourd’hui une vision technique, voire « techniciste » de la gestion des bassins. Le projet a ainsi pour troisième objectif de mettre l’accent sur la dimension politique et sociale de la gestion des bassins, en particulier transfrontaliers, déjà soulignée dans plusieurs études récentes [7].

Les différents volets de questionnements appellent nécessairement des observations fines de terrains à partir d’enquêtes menées auprès des acteurs de la frontière, donnant une large part aux méthodes qualitatives de collecte de d’information. La recherche utilisera les méthodes d’analyse structurale des réseaux sociaux (densité des réseaux, distance entre acteurs et interconnexions, alliances et positions de « centralité » des acteurs...)[8]. Compte tenu de l’apport des travaux menés antérieurement par les équipes partenaires, il apparaît pertinent de porter une attention plus particulière à sept bassins de la région, choisis en fonction de leur superficie et caractère stratégique pour certains Etats, des tendances au conflit ou des modalités de la coopération observées : les bassins des ríos Suchiate et Usumacinta (Mexique-Guatemala), Hondo (Mexique-Belize), Lempa (Guatemala-Honduras-El Salvador), Goascorán (Honduras-El Salvador), San Juan (Nicaragua-Costa Rica), et Sixaola (Costa Rica-Panama). Une attention particulière sera apportée à la réflexion sur des grilles d’analyse communes à partir des différentes études de terrains mais aussi des différentes disciplines représentées, ceci tant au niveau théorique que méthodologique.

L’une des originalités de l’étude sera, d’une part, de pouvoir compléter les connaissances fragmentaires qui existent ces bassins versants transfrontaliers, et d’autre part de pouvoir comparer des problématiques communes en matière de conflits et de coopération aux frontières, ainsi que de mettre en évidence certaines dynamiques frontalières spécifiques en raison des contextes historiques et spatiaux, des protagonistes et des interactions politiques observés.

Le programme se proposera non seulement d’analyser la problématique en matière de conflits et de coopération sur ces bassins peu connus mais aussi de croiser le regard avec des expériences étudiées au Mexique sur la frontière nord lors de certaines rencontres scientifiques. L’objectif est de mettre à profit les expériences des participants sur différents terrains et différents contextes institutionnels [9].

Notes de fin :

[1] Ghiotti Stéphane (2007), Les territoires de l’eau. Gestion et développement en France, Paris, CNRS Editions, coll. Espaces et milieux, 264 p ; Delli Priscoli, Jerry, et Aaron T. Wolf. (2007), Managing water conflicts : Dispute resolution, public participation, and institutional capacity-building. Cambridge, UK : Cambridge University Press) ; Savenije H., Van der Zaag P. (2000), “Conceptual Framework for the management of shared river basins ; with special reference to the SADC and EU”, Water Policy, n°2, pp. 9-45.

[2] Total actualisé établi par l’Université de l’Oregon (De Stefano et al., 2009), auquel on ajoute un bassin de plus car la base de données considère les bassins des cours d’eau Usumacinta et Grijalva comme un seul bassin, alors que pour le Guatemala et le Mexique il s’agit de deux bassins distincts (depuis 2009). De Stefano L., de Silva L., Edwards P. y Wolf A.T. (2009), Updating the International Water Events Database, Program for Water Conflict Management and Transformation, Dialogue Paper, Side Publications Series, Oregon State University, for From Potential Conflict to Cooperation Potential (UNESCO PCCP), The United Nations - World Water Assessment Program, Paris.

[3] Ce nombre inclut les 23 bassins mentionnés par Granados et al. (2000) et repris par tous les travaux ultérieurs, auxquels s’ajoute le bassin du fleuve Candelaria partagé entre le Mexique et le Guatemala, identifié par des études récentes comme un bassin distinct (Benítez, 2005). Granados C., Delgado Carrasco H., Hernández Ulate A. y Rodríguez Herrera E. (2000), Cuencas internacionales : conflictos y cooperación en Centroamérica, Funpadem, Fundación Ford, UCR, San José, Costa Rica. Benítez, Jorge A. (2005), “Sistema de información geográfica de la cuenca del río Candelaria”.

[4] Kauffer Michel Edith F. (Ed) (2005), El agua en la frontera México-Guatemala, Belice, El Colegio de la Frontera Sur, UNACH, RISAF, TNC, The David and Lucile Packard Foundation, 543 p.

[5] Bovin Philippe (coord.) (1997), Las Fronteras del Istmo : Fronteras y Sociedades entre el Sur de México y América Central, Mexico, CEMCA ; Medina Lucile (2004), Le dilemme des frontières en Amérique centrale, marges symboliques ou espaces en construction. Le cas des frontières Nicaragua-Costa Rica et Costa Rica-Panama, Thèse de géographie, dir. Alain Musset, Université Paris X-Nanterre.

[6] Altmann Borbón Josette et Beirute Brealey Tatiana (Ed.) (2011), América Latina y el Caribe : cooperación transfronteriza. De territorios de division a espacios de encuentros, Buenos Aires, Argentina, Editorial Teseo-FLACSO.

[7] Molle François (2006), « Planning and managing water resources at the river-basin level : Emergence and evolution of a concept ». Columbo : Sri Lanka : International Water Management Institute. (IWMI) Comprehensive Assessment Research Report 16, 42 p. ; Molle, F. (2009), « River-basin planning and management : the social life of a concept ». Geoforum, 40, pp. 484-494 ; Moore, A. (2008), « Rethinking scale as a geographical category : from analysis to practice ». Progress in Human Geography, 32, pp. 203-225.

[8] Lazega Emmanuel (1998), Réseaux sociaux et structures relationnelles, PUF, QSJ ? n°3399 ; Mercklé Pierre (2e ed. 2011), Sociologie des réseaux sociaux, La Découverte ; Degenne Alain et Forsé Michel (2e ed. 2004), Les réseaux sociaux, Armand Colin.

[9] Stéphane Ghiotti, membre du PICS, a notamment participé au programme RIPARIA : Conserver les Riparia grâce aux services écosystémiques transfrontaliers qu’ils délivrent : une analyse de la formation des régimes internationaux de l’eau douce, porté par Olivier Petit (CERSE, Université d’Artois), CPER 2011-2013.

Les collaborations entre les membres impliqués dans le projet sont engagées depuis 2010. Elles se sont structurées autour d’un premier programme de recherche auxquels plusieurs chercheurs membres du PICS ont participé, mais aussi d’un atelier et d’une publication commune. Par ailleurs, Tania Rodriguez, la doctorante du SEDET-Paris Diderot mentionnée, est co-dirigée par Lucile Medina.

Programme de recherche

Le PICS s’inscrit en complémentarité du programme « Conflictos y cooperación en cuencas transfronterizas del sur de México y de Centro América : dinámicas históricas y realidades contemporáneas », porté par Edith F. Kauffer Michel, co-porteur du PICS pour le Mexique, et financé par le CONACYT mexicain pour la période 2011-2015. Il mobilise déjà, outre des chercheurs mexicains, trois des participants français au présent projet : Lucile Medina (UMR ART-Dév), Carine Chavarochette (UMR CREDA-IHEAL) et Tania Rodriguez (doctorante, EA SEDET). Ce programme a été réorienté vers la dimension historique des dynamiques frontalières. Le PICS vient le compléter en se centrant sur la gestion actuelle des bassins transfrontaliers, sur les dynamiques de conflit mais aussi de coopérations émergentes entre des acteurs plus nombreux qu’auparavant.

Atelier bilatéral France-Mexique (appel CNRS-CONACYT)

Les deux porteurs du projet ont par ailleurs organisé conjointement un atelier franco-mexicain sur la question des bassins transfrontaliers en Mésoamérique : Atelier thématique bilatéral franco-mexicain tenu à Paris à l’Institut des Amériques du 16 au 18 janvier 2012. Cet événement a répondu à l’appel conjoint CNRS-CONACYT lancé en 2011 pour l’organisation d’ateliers. Il a réuni pendant trois jours 10 participants français, 10 mexicains (dont ceux impliqués dans le PICS) et 2 centraméricains (les deux impliqués dans le PICS). Stéphane Ghiotti (UMR ART-Dev) y a notamment participé pour apporter un éclairage sur les fondements et les enjeux de la gestion de l’eau par bassin. Le projet de PICS s’inscrit donc explicitement comme un prolongement de cet atelier, permettant d’approfondir la coopération entre chercheurs déjà mobilisés sur cet évènement.

Coordination d’un numéro de revue

Une publication commune a réuni en 2011 plusieurs chercheurs français, mexicains et centraméricains impliqués dans le projet de PICS. Il s’agit d’un numéro thématique de la revue Aqua-LAC (Journal of the International Hydrological Programme for Latin America and the Caribbean) de l’UNESCO, coordonné par le porteur mexicain du projet, Edith F. Kauffer Michel : « Las ciencias sociales y el agua », Aqua-LAC, Vol.3-n°2, septembre 2011. Plusieurs participants au projet ont collaboré à ce numéro : Medina Lucile, Rodriguez Tania, « Dinámicas de cooperación transfronteriza alrededor de la gestión ambiental de la Cuenca del Río Sixaola (Costa Rica/ Panamá) », p. 115-126 ; Nicolás Boeglin, « Open pit mining and environmental standarts in San Juan shared basin (Nicaragua-Costa Rica), from a legal perspective », p. 92-104.

Les résultats attendus, en terme de valorisation, sont des communications à colloque et des publications collectives en français, espagnol et anglais (ouvrages, numéros spéciaux de revues françaises, mexicaines et internationales, articles).

En termes d’apports à la recherche fondamentale, il s’agit de rassembler des données de base sur sept bassins versants transfrontaliers de Mésoamérique (statistiques, cartographie, bibliographie et enquêtes par entretiens) et de travailler à une analyse transversale.

Ce PICS entend aussi contribuer à la formation par la recherche : mémoires de Master et thèses seront encadrés en France et au Mexique pour contribuer et venir nourrir les questionnements du programme.

Les membres du PICS poursuivent également la possibilité d’énoncer des recommandations à l’attention des acteurs institutionnels en charge de ces questions. Le thème de la gestion des bassins transfrontaliers est en effet aujourd’hui fondamental en termes de politiques environnementales. La France possède en la matière une longue expérience, de telle sorte que le programme ne se propose pas uniquement de favoriser une discussion académique mais a aussi la prétention d’avoir un impact en matière de gestion environnementale sur ces bassins.

Coordinateurs du projet

  • Lucile MEDINA (Responsable PICS France), Edith
  • KAUFFER MICHEL (Responsable PICS Mexique)

Financement du projet

Programme International de Coopération Scientifique (PICS) 2013-2015

Membres ART-Dev impliqués

  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., géographe, MCF, Université Montpellier III, UMR 5281 ART-Dev (spécialiste dynamiques frontalières centraméricaines) 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., géographe, CR, CNRS, UMR 5281 ART-Dev (spécialiste gestion de l’eau par bassins) 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., ingénieur cartographe, CNRS, UMR 5281 ART-Dev 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., ingénieure statisticienne, CNRS, UMR 5281 ART-Dev

Partenaires en France

UMR 7227 CREDA - Centre de recherche et de documentation sur les Amériques, CNRS, Université Paris 3

  • Carine CHAVAROCHETTE, docteur en Anthropologie, chargée d’édition, chercheur associé (spécialiste des identités frontalières indigènes)

EA 4534 SEDET - Sociétés en développement, études transdisciplinaires, Université Paris 7 Diderot

  • Tania RODRIGUEZ, politiste, doctorante sous la direction de Laurent Faret et Lucile Medina (Dynamiques de conflits et de coopération autour de la gestion environnementale des bassins transfrontaliers centraméricains de Sixaola (Costa Rica/Panamá) et San Juan (Costa Rica/Nicaragua))

Partenaires à l’étranger

CIESAS - Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología – Sureste, Mexique

  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., docteur en Science Politique, chercheur (spécialiste de la gestion transfrontalière de l’eau et de la frontière sud du Mexique) 
  • Guadalupe SOLÍS, anthropologue, Master 2 CIESAS-Sureste, assistante de recherche

ECOSUR - El Colegio de la Frontera Sur, Mexique

  • Guadalupe ALVAREZ, docteur, chercheur (spécialiste de la gestion des risques et désastres naturels) 
  • Emmanuel VALENCIA, Ingénieur spécialisé en SIG

COLSAN - El Colegio de San Luís, Mexique

  • Germán SANTACRUZ DE LEÓN, docteur, chercheur (spécialiste étude socioenvironnementale des hydrosystèmes) 
  • Ludivina MEJÍA, doctorante

UCR - Universidad de Costa Rica

  • Boeglin NICOLAS, docteur en Droit Public, Professeur (spécialiste droit international de l’environnement et conflits frontaliers de souveraineté au Costa Rica)

PRISMA - Fundación Programa Salvadoreño de Investigación sobre Desarrollo y Medio Ambiente, El Salvador

  • José Elías ESCOBAR, chercheur, superviseur de projets de développement (spécialiste ressources naturelles et développement rural frontalier en Amérique centrale)
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (Responsable PICS France)
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (Responsable PICS Mexique)