Territoires, pauvreté et politiques publiques : une approche par la territorialisation

2013-2016

L’objet du projet est la relation existant entre les processus de territorialisation de l’action publique et les processus socio-économiques influençant d’une façon ou d’une autre les phénomènes de pauvreté et d’exclusion sociale. C’est ce lien entre une construction territoriale et des dynamiques sociales qui se trouve au cœur du projet de recherche, en s’appuyant sur une mise en perspective des caractéristiques de la pauvreté et de l’exclusion sociale et des effets des politiques publiques au Brésil et en France.

Il s’agit d’un sujet complexe et d’actualité. Complexe en premier lieu du fait du caractère multidimensionnel de la pauvreté rurale : sociale, économique, psychologique, culturelle, environnementale, lequel implique la multiplication des angles d’analyse disciplinaires. C’est également un sujet d’actualité, tant au Brésil qu’en France, mais pour des raisons différentes. Au Brésil, les gouvernements qui se sont succédé depuis 2003 ont donné lieu à une création inédite d’initiatives publiques visant à réduire la pauvreté et l’inégalité en zones rurales et urbaines, cherchant en cela à infléchir une réalité structurelle intrinsèquement liée au modèle de développement national. En France, la croissance de la pauvreté et de l’exclusion sociale est assez largement imputable à une situation économique défavorable et aux effets pervers et complexes de l’action publique et des dynamiques sociales. Ces deux situations renvoient à des interdépendances distinctes entre pauvreté, société et action publique dont le rapprochement et l’analyse détaillée Implique un construit méthodologique approprié alimentant conjointement un programme de recherche et de formation universitaire. Il s’agit en effet d’approfondir les méthodes d’analyse de la pauvreté compte tenu du contexte (national, régional, local), de son expression et de mieux appréhender la relation entre cette pauvreté et les actions et politiques territorialisées.

Du point de vue de la recherche, le projet comporte deux volets distincts et complémentaires. Le premier, (plus développé par l’équipe française) considère le lien territorialisation et pauvreté - exclusion comme un objet de recherche en soi. Il s’agit de comprendre les facteurs, qui, dans chacun des contextes retenus, agissent (en l’accroissant ou en la réduisant) sur l’évolution de la pauvreté et de l’exclusion, tout en modifiant certaines de leurs caractéristiques. En partant du même lien, le second volet se focalise sur les politiques publiques et l’action collective. Il s’agit ici de construire des typologies d’intervention et de dégager des enseignements afin de proposer des recommandations d’action. Dans les deux cas, observations empiriques et réflexions méthodologiques devront être intimement associées dans le but de constituer une base consolidée pour l’évolution des connaissances sur le sujet et de formation de doctorants et de jeunes chercheurs.

La forte médiatisation du thème de la réduction de la pauvreté et de l’exclusion sociale au niveau international a donné lieu à une production abondante de normes, d’injonctions et à la multiplication de programmes ou de politiques nationales de réduction de la pauvreté et des inégalités. Ces référentiels et ces injonctions puisent une grande partie de leurs argumentaires dans les logiques macro-économiques et dirigent l’essentiel des recommandations à la relance de la croissance économique, à la réduction de l’inégalité et à bonne gouvernance des ressources publiques.

Constat est fait que cet argumentaire accorde peu de place à la dimension territoriale de la pauvreté. Pour beaucoup d’économistes, notamment au sein des institutions financières internationales qui incitent les États nationaux à engager ou à renforcer des politiques de lutte contre la pauvreté, il n’existerait pas de lien particulier entre pauvreté et territoire. La pauvreté résulterait d’abord de phénomènes globaux, liés à une insuffisance de revenu, amplifiée par des problèmes de discrimination et d’exclusion. Les effets spatiaux seraient dus essentiellement au manque d’opportunité de revenu, en lien avec l’absence d’accès aux ressources productives au niveau local. Ils doivent ainsi être traités par des politiques économiques de stimulation de la croissance accompagnées par des politiques de transferts sociaux (lutte contre la pauvreté absolue) et des politiques de transferts de richesse (réduction de l’inégalité).

Sans contester l’importance du niveau de richesse et de la structure de sa répartition sur la formation de la pauvreté, le rôle du territoire est néanmoins souligné tant par les acteurs politiques et sociaux que par des chercheurs en sciences sociales. Les pays sont de plus en plus nombreux à mettre en place des programmes de développement territorial, tel que le Brésil, dont ils attendent des effets positifs en termes de réduction de la pauvreté et de l’inégalité. De façon cohérente avec cette approche, des géographes économiques ont depuis longtemps identifié les phénomènes de concentration spatiale des activités économiques et souligné les processus d’innovation auxquels ils donnent souvent lieu. Dans un autre registre, des géographes sociaux ont mis en évidence la façon dont la marginalisation sociale s’imprimait dans l’espace et conformait des territoires d’exclusion ou de pauvreté.

De fait, le lien entre pauvreté, territoire, et politique publique est complexe et difficile à appréhender dans sa globalité du fait de son caractère multidimensionnel et interactif. Son appréhension nécessite, en premier lieu, de croiser les approches disciplinaires : économie, sociologie, géographie, science politique, pour identifier et interpréter les relations en jeu tant les explications disciplinaires sont imbriquées. Il renvoie ensuite à des dynamiques sociales et économiques qui s’inscrivent dans le temps selon des temporalités plus ou moins longues, spécifiques des contextes dans lesquels elles s’inscrivent. C’est ce double processus - imbrication des clés de lecture disciplinaire et contextualisation spatiale et temporelle de la pauvreté - qui justifie ce projet. Celui-ci vise à croiser les regards d’équipes universitaires et à mettre en perspective des contextes aux problématiques spécifiques, mais complémentaires d’un point de vue heuristique et académique.

Le projet s’organise en 2 axes :

  • Axe 1. Leviers, dispositifs et instruments de l’action publique au niveau territorial 
  •  Axe 2. Jeux d’acteurs, effets de lieu

Les attendus du projet sont d’approfondir et de partager la connaissance des processus de territorialisation de la pauvreté et des actions visant à la réduire.

Par territorialisation, il est fait référence à la fois aux processus de valorisation ou de dévalorisation des espaces par les institutions à travers des actions publiques qui s’inscrivent dans le temps long et aux processus de construction de représentations socio-spatiales collectives qui structurent les rapports entre les individus. Sur le premier point, la territorialisation est relative d’une part, à la façon dont les actions publiques ou collectives sont mobilisées (participation), appliquées, interprétées et éventuellement détournées par les acteurs territoriaux concernés par la pauvreté et l’exclusion et, d’autre part, aux effets de leur application sur l’évolution du territoire d’action. Sur le second point, la territorialisation se réfère aux processus de construction sociale de la pauvreté et aux effets de lieux dans la construction des représentations et des normes sociales de légitimation de la pauvreté.

Cet objectif général se décompose entre quatre objectifs spécifiques : 

  • Créer de la connaissance sur le lien territoire-pauvreté /exclusion en construisant un cadre théorique et méthodologique propre et en l’illustrant avec des observations réalisées au Brésil et en France ; 
  • Compléter la formation d’étudiants de haut niveau (Master 2, doctorants, post-doctorants) et renforcer les compétences de jeunes chercheurs en matière d’analyse des processus de territorialisation de la pauvreté et de l’exclusion ; 
  • Rédiger des publications sur le thème du lien territorialisation, pauvreté et politiques publiques ;
  • Faire émerger un programme de recherche à partir de l’identification de questions et d’hypothèses de recherche et de concepts opérationnels.

Coordinateurs du projet
France : Geneviève Cortes, PR UM3 et Phillipe Bonnal, chercheur CIRAD 
Brésil : Sergio Pereira Leite, UFRRJ/CPDA Rio de Janeiro

Financement du projet
Programme CAPES-COFECUB

Membres ART-Dev impliqués
En France, le projet est coordonné par l’UMR ART-Dev (Acteurs, ressources, territoires dans le développement).

Chercheurs et enseignants-chercheurs :

  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM3, UMR ART-Dev) : Maître de conférences, géographe, 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM1, UMR ART-Dev) : Maître de conférences, économiste 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UPVD, UMR ART-Dev) : Professeur des universités, géographie 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM3, UMR ART-Dev) : Professeure des universités, géographe 
  • Gilles Massardier (Cirad, UMR ART-Dev) : Maître de conférences (Lyon 2), détaché au Cirad, politiste 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM3, ART-Dev) : Maître de conférences, géographe, 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM3, UMR ART-Dev) : Maître de conférences, géographe, 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (Cirad, UMR ART-Dev) : Chercheur Cirad, agro-économiste 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (Cirad, UMR ART-Dev) : Chercheur Cirad, sociologue, professeur invité à l’UnB (Brésil) 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (UM3, UMR ART-Dev ; UnB) : Chercheuse CNRS, géographe, professeure invitée à l’UnB (Brésil).

Doctorants :

  • Lauren Lescuyer (Science Politique, UM1) 
  • Flavio Eiro (EHESS) 
  • James Tiburcio (UM3, ED 60)

Post-doctorants :

  • Holimalala Randriamanampisoa (UM1)

 

Partenaires à l’étranger

Au Brésil, le projet est coordonné par le programme de 3ème cycle de sciences sociales en développement, agriculture et société (CPDA) de l’Université Fédérale Rurale de Rio de Janeiro. Deux programmes de 3ème cycle de l’Université Fédérale de Santa Catarina (UFSC) sont associés au projet : le Programme Agro-écosystèmes et le Programme d’Economie.

Chercheurs et enseignants-chercheurs :

  • Ademir Antonio Cazella (UFSC-PPAGR) : professeur associé, Agro-économiste 
  • Lauro Francisco Mattei (UFSC – PPE) : Professeur associé, Economiste 
  • Leonilde Sérvolo de Medeiros (UFRRJ-CPDA) : Professeur associé, sociologue 
  • Nelson Giordano Delgado (UFRRJ-CPDA) : Professeur associé, économiste 
  • Renato Sergio Jamil Maluf (UFRRJ-CPDA) : Professeur associé, économiste 
  • Sérgio Pereira Leite (UFRRJ-CPDA) : Professeur associé, économiste et sciences sociales

Etudiants Master :

  • André Laskos (PPAGR/UFSC) 
  • Luiza Zitzke (PPAGR/UFSC) 
  • Tamissa Godoi (PPAGR/UFSC) 
  • Eduardo Beskow (PPE/UFSC) 
  • José Renato Porto (CPDA/UFRRJ)

Doctorants

  • Andreia Tecchio (CPDA/UFRRJ) 
  • Josiane Weidig (CPDA/UFRRJ) 
  • Carla Morsch (CPDA/UFRRJ) 
  • Daniela Pacífico (CPDA/UFRRJ) 
  • Mariana Santarelli (CPDA/UFRRJ)

Post-doctorants

  • Catia Grisa (CPDA/UFRRJ) 
  • Silvia Zimmermann (CPDA/UFRRJ) 
  • Ademir Antonio Cazella (PPAGR/UFSC) : professeur associé 
  • Lauro Mattei (PPE/UFSC) : professeur associé
  • Séminaire de lancement du projet, 17 et 18 octobre 2013, Site ART-Dev, Montpellier, France. 
  • Séminaire « Discussion et analyse des instruments de politiques territoriales de lutte contre la pauvreté », 2014, CPDA-UFRRJ, Brésil. 
  • Séminaire « Jeux d’acteurs et effets de lieux », Site ART-Dev, Montpellier, France. 
  • Séminaire final, 2015, CPDA-UFRRJ, Brésil.
  • BONNAL, P., LEITE, S. P. 2011. Análise comparadas de Políticas Agrícolas. Uma agenda em transformação. Ed. Mauad X.
  • BONNAL, P. ,DINIZ, C. O. TONNEAU, J.-P. SIDERSKY, P. 2007. As dinâmicas sociais locais em auxilio às políticas públicas : caso do município de Lagoa Seca no Agreste paraibano. In J.-P Tonneau et E. Sabourin. 2007. Agricultura familiar interação entre Políticas Públicas e Dinâmicas Locais, ensinamentos a partir de casos. UFRGS. 261-281p.
  • CAZELLA, A., BONNAL, P., MALUF, R., S. 2009. Agricultura familiar : multifuncionalidade e desenvolvimento territorial no Brasil. Rio de Janeiro : Mauad X.
  • GIBAND, D. 2012. Les villes de la diversité. Territoires du vivre ensemble. Paris : Economica- Antropos.
  • SABOURIN, E. 2007. Paysans Du Brésil : Entre échange marchand et réciprocité. Paris : Ed. QUAE.
  • SABOURIN, E. 2011. Sociedades e organizações camponesas : uma leitura através da reciprocidade, Porto Alegre : Edit. UFRGS.
  • SELIMANOVSKI C. 2008. La frontière de la pauvreté, Rennes : Presses Universitaires de Rennes.
  • SELIMANOVSKI C. 2009. Effets de lieu et processus de disqualification sociale. Le cas de Strasbourg et du Bas-Rhin. Espace populations sociétés.
  • SELIMANOVSLI, C. 2008. La frontière de la pauvreté. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

France : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., CIRAD 
Brésil : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., UFRRJ/CPDA Rio de Janeiro