Dynamiques des territoires et des écosystèmes et représentations des évolutions induites par les changements globaux

2013-2016

Le projet vise à identifier les capacités d’adaptation des acteurs impliqués dans la production alimentaire déployant des stratégies à un niveau intermédiaire mais faisant face à des changements globaux. L’objectif est de partir des contraintes vécues par ces acteurs et de les analyser à travers les prismes théoriques des recompositions territoriales, du pluralisme légal, de la political ecology et de l’épistémologie civique. En effet, les acteurs font face simultanément à un bouleversement du foncier, de leur gestion de l’eau et des écosystèmes dans lesquels ils vivent et travaillent. Ce projet utilise comme point d’entrée l’étude de huit cas aux développements économiques très différents : la région Ampefy à Madagascar, les régions Lango et West Nile en Ouganda, la région de Al Auja en Cisjordanie, la vallée de la Beka au Liban, le bassin du Naivasha au Kenya, le Téraï au Népal, la Bretagne en France et l’Andalousie en Espagne. Tous ces sites connaissent aujourd’hui un bouleversement de leurs rapports au foncier et à la production agricole. Six d’entre eux connaissent aussi une mutation profonde des choix technologiques concernant le rapport à l’eau. Trois d’entre eux connaissent un phénomène d’investissements étrangers à grande échelle. L’un de ces cas se situe au cœur de flux migratoires importants. Six connaissent une tension entre agriculture de subsistance et agriculture commerciale ainsi qu’une compétition foncière entre d’une part les notables locaux revendiquant la loi nationale sur l’eau et la terre et d’autre part les populations utilisant des méthodes de tenure foncière traditionnelles. Partout l’agriculture est intensive, et parfois industrielle, elle modifie le rapport à l’eau, altère l’écosystème et les activités humaines qui lui sont liées. Partout, les consultants internationaux jouent un rôle essentiel dans les choix techniques concernant l’eau réalisés soient par les investisseurs étrangers, par les gouvernements nationaux ou les investisseurs locaux. Tous ces cas d’étude se situent au cœur d’une co-construction des techniques et des sciences concernant l’eau et l’agriculture où l’on voit interagir des acteurs déployant des stratégies à un niveau d’échelle allant du très local jusqu’au global.

Ce projet réunit quatre unités de recherche : ART-Dev à Montpellier, le Centre d’Etudes Himalayennes (CNRS) à Villejuif, GECKO à Nanterre et l’UMR GESTE (Irstea-ENGEES) à Strasbourg, pour réaliser une étude interdisciplinaire. La géographie, la science politique, l’agronomie, la sociologie des sciences, la géomatique sont combinées pour explorer le rapport à la terre et à l’eau dans la production agricole au sein des huit cas d’études. Ce projet est ambitieux par son innovation sur le plan théorique qui se veut en outre être nourri des différents cas étudiés. Il est original dans sa combinaison des thématiques de gestion du foncier et de l’eau, explorant les mécanismes de recomposition territoriale et politique concernant l’eau et la terre. Ceci permet d’étudier la co-construction de la société et de la nature à l’œuvre. C’est bien dans ces mécanismes de co-construction que l’on peut identifier les capacités d’adaptation des acteurs aux changements globaux.

Le projet se déroulera sur quatre ans et utilisera comme point d’entrée l’étude de régions d’un niveau d’échelle intermédiaire au sein de 7 États aux développements économiques très différents dans une perspective comparatiste. Il se structure en cinq tâches et 18 activités.

Il s’agit d’une approche de recherche qualitative et non pas quantitative. L’échantillon de cas d’étude sélectionnés est motivé par des considérations théoriques plutôt que par le type de représentativité requis par un échantillon statistique. La valeur de l’échantillon théorique réside dans sa capacité à nous permettre de tester et d’améliorer le cadre théorique que nous utilisons. C’est ce que cherche à réaliser ce projet puisqu’il vise la compréhension des mécanismes de recomposition territoriale et politique concernant l’eau et la terre. Ceci permet d’identifier les mécanismes qui fournissent à la production agro-alimentaire des capacités d’adaptation face aux changements globaux. Cependant, des méthodes de recherche quantitatives seront aussi utilisées à l’intérieur d’un même cas d’étude. Enfin, la production des cartes pour tous les cas d’étude par un même cartographe contribuera à faciliter la comparaison.

La tâche 1 combine la géographie, la science politique et l’agronomie pour explorer le rapport à la terre et à l’eau au sein de sept régions d’un niveau d’échelle intermédiaire où se déploient une grande variété de dispositifs de production agricole.

La tâche 2 combine la sociologie des sciences et la political ecology, qui ont en commun de récuser le caractère apolitique de l’analyse environnementale, afin d’analyser de façon critique le discours scientifique et technologique concernant l’eau déployé par les investisseurs, les consultants et les gouvernements ainsi que des écueils rencontrés par les développements hydrauliques des uns et des résistances des autres.

La tâche 3 utilise une approche de géographie pour explorer la façon dont, dans chaque cas d’étude, les choix des filières, de technologies concernant l’eau, de rapport au foncier constituent autant de processus de territorialisation et, aujourd’hui, de reterritorialisation. Un espace devient un territoire lorsqu’il est approprié par un groupe social. Les bouleversements au sein des sept cas d’étude aujourd’hui impliquent tous des tentatives d’appropriation de la terre, de l’eau, des filières par divers groupes sociaux.

La tâche 4 combine une approche de science politique et de sociologie des sciences pour analyser l’épistémologie civique à l’œuvre dans l’élaboration des pratiques de production alimentaire. Le terme d’épistémologie civique désigne l’ensemble des pratiques institutionnalisées au travers desquels les membres d’une société testent et déploient les énoncés scientifiques utilisés pour l’élaboration de choix collectifs. Ceci permet d’explorer la co-construction des dispositifs de production agricole et du discours scientifique qui le sous-tend. C’est dans ces mécanismes que l’on identifiera les capacités d’adaptation aux changements globaux des acteurs déployant leurs stratégies à des échelles locales ou intermédiaires.

Ce projet vise à identifier les capacités d’adaptation des acteurs impliqués dans la production alimentaires déployant des stratégies à un niveau intermédiaire mais faisant face à des changements globaux. Ces acteurs sont impliqués à la fois dans l’agriculture familiale, qu’elle soit vivrière ou commerciale, et dans l’agriculture productiviste et commerciale. Ce projet est ambitieux et novateur pour les raisons suivantes : 

  • En se focalisant sur les acteurs actifs à un niveau intermédiaire, il permet d’identifier les mécanismes qui peuvent se révéler des adaptations durables aux changements globaux. De nombreuses études se penchent sur les mécanismes au niveau global. Mais les acteurs actifs au niveau global réagissent à la dégradation d’un environnement local en déplaçant leur activité ailleurs dans le monde. Ceci est impossible pour les acteurs actifs à un niveau intermédiaire. 
  • En intégrant des cas où les acteurs font face au bouleversement du rapport au foncier, au bouleversement du rapport à l’eau et à des changements écosystémiques importants, notre étude permet d’aborder les changements globaux tels qu’ils sont affrontés par les acteurs actifs au niveau intermédiaire. En effet, ceux-ci font face à tous ces changements simultanément. Les études explorant ces bouleversements les traitent d’ordinaire de façon isolée. 
  • En intégrant des approches d’agronomie, de géographie, de cartographie, d’ethnographie, de sociologie des sciences et de science politique, ce projet permet d’identifier les mécanismes élaborés par les acteurs eux-mêmes qui se révèlent être des adaptations. Ceci permet aussi d’évaluer si ces adaptations sont durables ou non. Jusqu’ici les seules études qui se sont penchées sur l’eau en interaction avec le bouleversement du foncier utilisaient uniquement une approche juridique.

Les produits finaux : 

  • La production de cartes à plusieurs échelles géographiques décrivant l’interaction entre les pratiques, l’eau, la terre, les populations et les acteurs.
  • L’analyse des interactions sociales, politiques et économiques déterminant les évolutions observées et donc, les processus de territorialisation qui en découlent. 
  • L’analyse de l’épistémologie civique via laquelle chacune des sociétés étudiées dans nos cas d’étude réagit aux nouvelles technologies concernant l’eau, l’agriculture et l’élevage pour se les approprier et les contrôler.

Ces produits finaux permettront la comparaison entre les sept cas d’études. Ceci permettra d’identifier les capacités d’adaptation face aux changements globaux des acteurs à l’œuvre dans chaque cas d’étude tout en contribuant à développer des alternatives à cette fiduciarisation globale de la production alimentaire que l’on constate aujourd’hui.

Les verrous scientifiques et techniques à lever seront, d’une part, lors des interactions entre chercheurs de diverses disciplines une adaptation puis une intégration des approches, vocabulaire et méthodes des autres afin d’enrichir les études de cas et, d’autre part, le temps d’accès aux données, qui est souvent long et peut donc se révéler être réalisé à différentes échelles de temps selon les études de cas.

Responsable du projet
Julie Trottier, politiste, DR CNRS, UMR ART-Dev

Financement du programme
ANR

Membres ART-Dev

  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Directrice de recherche CNRS - Sciences politiques, responsable du projet au sein de l’UMR ART-Dev 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Maître de conférences - Géographie 
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Chargé de Recherche CNRS - Géographie

Partenaires
Ce projet réunit quatre unités de recherche : 

  • ART-Dev UMR 5281, Montpellier, 
  • le Centre d’Etudes Himalayennes (CNRS), Villejuif, 
  • GECKO, Nanterre 
  • UMR GESTE (Irstea - ENGEES), Strasbourg

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Directrice de recherche CNRS - Sciences politiques, responsable du projet, affectée au Centre de Recherche Français à Jérusalem (CRFJ)