Mutation des Territoires en Languedoc
  Analyse socio-spatiale du Mal-Logement dans l’Hérault
    Programme de recherche Fondation Abbé Pierre - CNRS

 
 

Objectifs

Les métropoles – dont le législateur a conforté le statut en 2014 – sont à nouveau au centre du débat sur la gestion et l’avenir des territoires 1. Au-delà de l‘effet de mode qui veut que toutes les grandes villes prétendent désormais au rang de métropole (étymologiquement : la ville-mère), les géographes observent un processus maintenant ancien de « métropolisation » en France. La politique d’aménagement du territoire (années 1960-1970), la décentralisation et le renforcement de la coopération intercommunales (1980-1990) ont tour à tour accentué ce processus qui désigne un accroissement du poids démographique et économique des plus grandes villes.
Elle amplifie les enjeux d’aménagement « liés à l’étalement urbain, aux mobilités croissantes et à l’augmentation de nuisances 2 » et s’appuie sur « une mise en réseau des principales agglomérations dans laquelle les phénomènes de connectivité tendent à l’emporter sur les relations de proximité 3» . Pour cette raison notamment, « l’espace français doit d’abord être vu comme un réseau plutôt que comme un territoire […]. La territorialité, qui définit des espaces continus et contigus, sans rupture, se retrouve d’abord à l’intérieur des villes, tandis que l’ancienne territorialité rurale, celle des petits pays homogènes et aux limites franches, s’est presque complètement effacée. » (Lévy, 2013, p.54).
Dans ce contexte, les communes périphériques cherchent aujourd’hui à s’arrimer aux villes-centres pour tirer profit de la compétitivité et l’attractivité métropolitaine. Pour les bourgs et les petites villes situées à l’écart des grandes agglomérations, celles dites de « l’arrière-pays » jadis prospère, le risque est moins d’être absorbé que d’être exclu du développement métropolitain. Aussi, la difficulté consiste à faire valoir l’urgence d’intervenir dans des espaces ruraux devenus des « entre-deux » protéiformes, où les villes sont confrontées au chômage de masse et en corollaire à des taux élevés de vacance des logements, alors même que les pouvoirs publics multiplient les plans en faveur des banlieues : « 80% des pauvres vivent en dehors des ZUS » rappelle une étude prospective sur la géographie prioritaire (Acadie, 2009).
La tertiarisation de l’économie, la désindustrialisation des campagnes et de la modernisation de l’agriculture expliquent l’inversion du rapport ville-campagne (Mathieu, 1998). Et la « renaissance rurale », observée dès les années 1980 (Kayser, 1990 ; Hervieu et Viard, 1996), ne peut masquer cette inversion et les difficultés prêtées aux zones rurales et périurbaines qui accueillent de plus en plus de populations précaires fuyant les grandes villes et les banlieues (Guilluy, 2010). « Cette pauvreté est [donc] largement importée et touche aussi bien les départements comme la Seine-et-Marne et le Val-d’Oise aux confins des banlieues populaires de la région parisienne, que l’Hérault et le Gard qui sont attractifs via le phénomène d’héliotropisme » (Comité d’évaluation et de suivi de l’Anru, 2013, p.79). Le présent programme, mis en place conjointement avec la Fondation Abbé Pierre, porte précisément sur l’analyse socio-spatiale du « Mal-Logement » dans le département l’Hérault en Languedoc-Roussillon.
À l’échelle de la région Languedoc-Roussillon (Gard, l’Hérault, l’Aude, les Pyrénées-Orientales et la Lozère), qui doit faire face à l’accroissement démographique le plus fort de France métropolitaine avec plus de 30 000 habitants supplémentaires par an, l’enjeu du mal-logement n’est pas mince. En effet, « l’accroissement de la population renforce le déséquilibre entre l’offre et la demande, créant du même coup une explosion des prix fonciers et immobiliers, ce qui oblige une part croissante des ménages à trouver de nouvelles solutions pour se loger. Dans le meilleur des cas, ces solutions passent par des relocalisations : toujours plus loin des centres villes (voir le phénomène de périurbanisation de la frange littorale) » (Fondation Abbé Pierre, 2007, p.2). Des studios de vacances, des caravanes et des « cabanes » servent désormais à des familles (mais combien exactement ?) sans logement.
Cette problématique est plus prégnante encore dans le département de l’Hérault, où se concentrent 50% des demandes de logement social de la région 4alors que les prix du foncier et de l’immobilier sont les plus élevés du territoire languedocien après avoir triplé entre 2000 et 2010 5. Au total, en 2013, l'effort de construction de logements sociaux dans le département n’a ainsi permis de répondre qu’à 4 963 demandes sur 32 729 exprimées fin 2012, soit à peine 15% du total des demandes 6 ! Les prix moyens des terrains constructibles atteignent plus de 260 €/m² (mai 2015) et les ressources foncières manquent comme le suggèrent de récents états des lieux relatifs à l’agglomération de Montpellier (Secchi et Vigano, 2013 ; Brun et Hayet, 2014). La crise financière de 2008 a également eu comme partout ailleurs des répercussions sur le marché de la construction de logements neufs au point que les investisseurs privés et les promoteurs immobiliers ont observé une baisse de leur activité. L’endettement des collectivités territoriales et les difficultés politiques et financières de certains opérateurs publics expliquent, enfin, que la situation demeure préoccupante.
Aussi des communes « rurales » ont vu leur population d’origine « urbaine » augmenter de façon significative au cours des vingt dernières années7.Pour maîtriser l’arrivée massive de nouveaux arrivants, les élus locaux conduisent des extensions villageoises controversées, sous la forme de lotissements pavillonnaires. Et pour cause : plus de la moitié des logements dans le département de l’Hérault (50,3% d’après le RGP de 2009 soit 318 441) sont des maisons individuelles ! Parmi ces espaces en mutation, plusieurs semblent « orphelins » de l’action publique parce qu’ils sont situés à l’écart de l’arc littoral et des plaines (Hérault, Orb, etc.). La question de l’aménagement à la fois urbain et territorial y est centrale en raison de leur fréquent sous-équipement, de leur relatif enclavement et, encore une fois, d’une urbanisation par endroit mal maîtrisée.
Dans le cadre du programme MT[L], l’équipe compte questionner durant 24 mois l'évolution de territoires « ruraux » et opérer un retour sur le processus de métropolisation en conduisant une analyse des logiques à l’œuvre dans le « grand » Montpellier. L’équipe mobilisée propose un zoom sur des petites villes au prisme de l'aménagement et du logement à l’issue de l’examen des statistiques disponibles à l’échelle départementale. Trois d’entre elles, Clermont-l’Hérault, Lodève et Bédarieux sont les « terrains » privilégiés du programme : ces « territoires » ne sont plus dans le péri-urbain mais dans un « entre-deux » qui ne répond pas aux critères d’urbanisation dit « classique » avec une ville centre et des pôles périphériques, mais plusieurs polarités qui se développent de manière détachées les unes des autres.

Mots-clés
logement, transport, métropole, rural, aménagement, urbanisme, politique de la ville, Hérault.


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Notes
1. [Loi du 27 janvier relative à la modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Cette évolution législative s’inscrit dans le prolongement du chantier de la décentralisation et du renforcement des compétences dévolues aux collectivités territoriales. Dès les années 1960, le terme de métropole a été utilisé par l’administration publique. Ainsi, « des études d’armature urbaine menées par la DATAR [devait permettre] de préciser le rôle respectif des villes françaises. Elles [ont débouché] sur la politique des métropoles d’équilibre qui devaient voir renforcer leurs fonctions de services afin de limiter l’influence de Paris. » (Lacaze, p.28, 1995).]
2. [Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/metropolisation]
3. [Source : article de Bernard Elissalde http://www.hypergeo.eu/spip.php?article75 consulté le 12 septembre 2014.]
4. [Source : Analyse de la demande de logements locatifs sociaux en Languedoc-Roussillon DREAL LR (février 2014)]
5. [Source : Le Prix du Foncier, DREAL LR (août 2014)]
6. [Source : Analyse de la demande de logements locatifs sociaux en Languedoc-Roussillon, DREAL LR (février 2014)]
7. [ cf. RGP 1999-2009]

 

 
 
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