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Dernière mise à jour : 3 mars 2017


Le projet scientifique de l’UMR

Les grandes lignes du projet scientifique 2015-2019

Questionnements et objectifs fédérateurs

Le renouvellement des stratégies de développement et des dynamiques de recompositions territoriales se déploient dans un contexte de globalisation et de complexification des configurations d’acteurs, nécessairement inscrits dans des jeux de pouvoirs et d’asymétries (Raffestin, 1980 ; Beck, 2003)[1]. Nous comprenons la globalisation comme une multiplicité de processus d’intégration socio-économique et spatiale dans le référentiel de marché en faisant l’hypothèse qu’elle s’articule à des dynamiques locales pouvant non seulement produire de l’uniformisation, mais générer aussi des processus de différenciation et de segmentation ; autant de dynamiques qui participent d’une redéfinition des relations entre acteurs pour l’accès et la répartition des ressources et à une reconfiguration des territoires à différentes échelles. Ces tensions reposent sur une reconfiguration des rapports de pouvoirs au sein de nouvelles arènes de politiques publiques, au moment même où les approches classiques trop centrées sur les Etats ou sur une hypothétique relève du secteur privé ont montré leurs limites. On assiste ainsi à une complexification des liens entre territoires et développement qui s’inscrit dans des contextes de crises et de changements, dont certains retiennent plus particulièrement l’attention de l’unité :

- laboratoires de transformation, les crises économique, financière et écologique conduisent à questionner les paradigmes pluriels du développement (théorie de la croissance, développement humain, durable, territorial, local), en même temps qu’elles suscitent un regain d’intérêt pour des approches territorialisées des questions sociales, économiques et politiques.

- la diversification des formes de mobilité, l’accélération des échanges et des circulations, accompagnée par les innovations technologiques (dans les transports, la communication) et par les transformations du marché, mettent en exergue l’impasse d’une globalisation contradictoire entre, d’un côté, des logiques de fluidité et d’ouverture, et de l’autre, des logiques de barrière, de contrôle et de fragmentation (Bauman, 1999)[2].

- les nombreuses formes de marginalisation socio-économique et de ségrégation ouvrent de vifs débats autour des questions d’inégalité, d’inclusion sociale et d’injustice. Or ces enjeux ne se limitent plus aux seuls champs de politiques sectorielles (agriculture, pauvreté, éducation, logement etc.), mais questionnent l’articulation entre dynamiques territoriales, action publique et relations public-privé.

- l’attention portée aux enjeux environnementaux met en lumière les tensions et la compétition accrue autour des ressources que reflètent les débats actuels sur la transition énergétique, la biodiversité, la gestion de l’eau ou encore transactions foncières à grande échelle. Se posent avec d’autant plus d’acuité les questions de la régulation environnementale et de la gestion territoriale des ressources, avec la nécessité forte d’une articulation entre échelles locales et globales.

- enfin, les phénomènes d’urbanisation et de métropolisation ne cessent d’interroger les formes de l’urbanité et de la ruralité, la fonction des villes et des campagnes, en lien notamment avec la question alimentaire et le devenir des agricultures au Nord comme au Sud. De façon transversale, se pose aussi la question des capacités de mobilisation et d’organisations des acteurs ordinaires (Hatzfeld, 2011) [3] - agriculteurs, habitants, citadins, migrants…- dans des contextes de recomposition des territoires fonctionnels et institutionnels.

L’UMR souhaite poursuivre sa réflexion autour de ces enjeux à partir d’un double positionnement sur les notions de développement et de territoire. Dans la continuité de notre projet scientifique 2011-2014, la notion de développement n’est pas traitée dans un sens évolutionniste et exclusif de développement au Sud. Elle renvoie plus spécifiquement : i) aux trajectoires de transformation des économies et des sociétés dont il s’agit de saisir les effets de rupture, de bifurcation, de continuité ii) à ses dimensions sociales et humaines en accordant une place importante aux situations de disparités et d’asymétries, iii) à la diversité d’usage et de pratiques « territorialisées » des approches normées du développement.

Quant à la notion de territoire, largement polysémique, elle est d’autant plus complexe à mobiliser qu’elle fait courir le risque de simplification (lorsque le territoire se comprend comme le local), d’une vision restrictive (recherche de délimitation et d’identification de périmètres où seraient définis et résolus les problèmes) et encore d’essentialisation (lorsque la gestion de territoire est synonyme d’une « bonne gestion »). L’unité appréhende le territoire comme un construit social, issu de processus d’appropriations économiques, symboliques, sociales et politiques de l’espace (Di Méo, Buléon, 2005)[4]. Il constitue le support matériel sur lequel les individus dessinent des (re) découpages et des logiques de contrôle de l’espace, se forgent des représentations, déploient des stratégies et mobilisent des ressources. Un des défis scientifiques de l’unité, dans un dialogue interdisciplinaire, sera de retravailler le territoire sous l’angle de l’enchevêtrement de plusieurs espaces se déployant via l’articulation d’ancrages multiples dans des espaces discontinus ou fragmentés (Rétaillé, 1997 ; Bernardiny, Debardieux, 2003)[5], d’enrichir ainsi les débats scientifiques à partir de notions comme celles de complexité territoriale (Giraut, Vanier, 1999) et de territoires multi-situés (Cortes, Pesche, à paraître)[6]. Ces perspectives ouvrent la voie à une réflexion plus large, sur un plan théorique et méthodologique, sur la gouvernance et le développement des territoires.

Une posture critique renouvelée

En termes de posture partagée, l’unité se propose de développer une approche critique de catégories duales qui limitent la compréhension des processus à l’œuvre dans les recompositions des liens entre territoires et développement. On repère ainsi plusieurs registres de dualités : Global/local. Cette dualité véhicule une grande séparation entre deux entités dont l’une, le global, serait dominante et l’autre, le local, dominée. Or le global est aussi « situé », produit par des acteurs enracinés dans du local qui participent de la globalisation. A cette vision duale, il nous semble donc préférable de montrer comment un nombre croissant d’acteurs « naviguent » entre différents niveaux, jouent sur plusieurs échelles et peuvent faire de leur capacité de mobilité un atout dans les dynamiques sociales et territoriales. En ce sens, les phénomènes circulatoires - que l’on pose souvent comme première forme d’expression de la globalisation (flux, transferts, réseaux, échanges) - peuvent s’articuler à des processus de ré-ancrage local, de re ou multi-territorialisation. Public/privé. Cette dualité reste très prégnante et constitue la grille principale de lecture des transformations des Etats et de la gouvernance des territoires. Plusieurs travaux montent que la nature même des entités publiques et privées se transforme et qu’il est de plus en plus incertain de raisonner selon ces catégories duales (Sassen, 2008) [7] ; du moins faut-il chercher à bâtir des cadres d’analyse qui permettent de saisir les articulations fines, les processus de production normative et de contrôle qui relient ces sphères. Nord/Sud, urbain/rural et, d’une manière générale, les cadres d’analyse qui conceptualisent les logiques centre-périphérie. Il ne s’agit pas de nier la force de ces logiques mais de souligner que cette grille de lecture appauvrit l’analyse de processus plus complexes se caractérisant par leur dimension polycentrique, multi-localisée, circulatoire, fragmentée, et occulte les capacités de mobilisation et de manœuvre que construisent les acteurs dans des systèmes contraints.


[1] Raffestin C., 1980, Pour une géographie du pouvoir, Préface de R. Brunet, Paris, Libraires techniques ; Beck U., 2003, Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la globalisation, Flammarion, Alto/Aubier.

[2] Bauman Z., 1999, Le coût humain de la globalisation, Ed. Hachette.

[3] Hatzfeld H., 2011, Les légitimités ordinaires. Au nom de quoi devrions-nous nous taire ? Adels/L’Harmattan.

[4] Di Méo G., Buléon P., 2005, L’espace social. Lecture géographique des sociétés, Paris, A. Colin.

[5] Bernardiny B, Debardieux B, 2003, Le territoire en sciences sociales : Approches disciplinaires et pratiques de laboratoires, Grenoble, Publications de la MSH ; Retaillé D., 2007, « Les échelles paradoxales du développement », dans Les Cahiers d’Outre Mer, 238, p.167-183.

[6] Giraut F., Vanier M., 1999, "Plaidoyer pour la complexité territoriale" in F. Gerbaux (dir.), Utopie pour le territoire : cohérence ou complexité ?, La Tour d’Aigues : Ed. de l’Aube, p. 143-172. Cortes G., Pesche D. à paraître, Territoires multisitués. Introduction numéro thématique de l’Espace Géographique.

[7] Sassen S., 2008, Territory, Authority, Rights : From Medieval to Global Assemblages, Princeton, Princeton University Press.