Financement de projets

Kévin Mary (Université de Perpignan Via-Domitia) et Elsa El Hachem (Université Libanaise) décrochent un financement de recherche dans le cadre du partenariat Hubert Curien (PHC) du MEAE appliqué au Liban (PHC CEDRE) pour le projet "Les reconfigurations de l’enseignement supérieur au Liban : entre acteurs publics et privés".

Depuis 2005, au Liban, plus de la moitié des étudiants de l’enseignement supérieur sont inscrits dans un établissement privé. En 2016, ils sont plus de 60% à fréquenter ce type d’institution, soit un peu moins de 200 000 étudiants[1]. Il existe aujourd’hui un système d’enseignement supérieur stratifié composé de 47 établissements, dont une seule université publique, l’Université libanaise, qui n’a cessé de voir son statut et ses ressources décroitre depuis la guerre au Liban, quelques universités d’élites, et une myriade d’universités privées qui n’ont pas encore fait l’objet d’études approfondies.

 

Ce renforcement du secteur privé - qui est essentiellement le fait d’universités[2] - est assez récent puisqu’il remonte au début des années 1990 et la mise en place de politiques qui ont ouvert la voie au développement d’initiatives privées dans l’enseignement supérieur. Cette dynamique s’est ensuite poursuivie et accentuée au tournant des années 2000, sous l’effet d’une dérégulation toujours plus avancée du secteur de l’éducation (Mélonio & Mezouagh, 2010, p. 44).

L’enseignement supérieur libanais se caractérise aujourd’hui par la multiplication du nombre d’établissements d’enseignement supérieur privés dans un contexte où l’État encourage, par son effacement, la compétition entre toutes ces universités (Kabbanji, op. cit. : 142). S’il est établi que ces établissements s’insèrent dans une démarche orientée vers le marché et le profit (Kabbanji, 2012 ; Herrera, 2006), ce projet propose de saisir les logiques et stratégies mises en place par ces universités pour se développer. En effet, aucune étude ne s’est encore intéressée de manière spécifique à cette nouvelle vague d’universités privées au Liban, qui concentre pourtant aujourd’hui le plus grand nombre d’étudiants dans le pays.

Cette recherche s’insère donc dans un champ d’étude encore peu développé au Liban alors qu’il porte des enjeux importants pour l’avenir du pays, comme celui des conséquences de ces reconfigurations d’ampleurs du paysage de l’enseignement supérieur. En effet, ces nouvelles universités privées en recherche de profits financiers encouragent une pratique consumériste de l’éducation et peuvent contribuer à redéfinir les stratégies parentales (Brown, 1990). Dans cette logique, l’éducation dépend avant tout des capacités financières que les parents sont prêts à mobiliser pour leurs enfants. Ces pratiques sont au principe, ailleurs dans le monde, de la production d’inégalités éducatives (Ball, Bowe & Gewirtz, 1995) et donc de la potentiellemontée des inégalités sociales au Liban.

En outre, ce projet s’insère plus largement dans le champ des études portant sur les processus de privatisation de l’éducation et les débats actuels sur la complexité du phénomène qui adopte des formes multiples et mène à des configurations parfois hybrides de l’éducation (Ball, 2009 ; Vinokur, 2004). Car la privatisation ne se limite plus à un phénomène socialement marqué par l’élitisme et la recherche d’un entre-soi éducatif. Elle désigne désormais un processus complexe aux dimensions multiples impactant aussi la gestion, l’organisation de la scolarité au sein des espaces nationaux et locaux, ainsi que la fourniture de tout un panel de services éducatifs et péri-éducatifs par une myriade d’acteurs (Walford, 2013). Par ailleurs, cette privatisation protéiforme se lit aujourd’hui particulièrement dans les pays du Sud, participant de tendances là aussi globales (Gulson & Fataar, 2011). L’objectif de cette recherche est donc de poursuivre les réflexions sur ce champ d’étude renouvelé, mais en l’abordant selon deux angles encore peu abordés dans la littérature :

  • Étudier les conséquences de l’arrivée de ces nouvelles universités auprès de la seule université publique du pays, l’Université Libanaise (UL). Loin d’une opposition entre enseignement privé et enseignement public, il s’agira au contraire d’analyser comment les deux systèmes inter agissent et s’articulent entre eux. Ainsi, à l’encontre d’une vision simpliste voyant dans la privatisation des systèmes éducatifs une hégémonie du privé sur le public, ce projet souhaite au contraire interroger les formes de résilience de l’université publique, dans la mesure où la forte compétition des nouvelles universités privées n’a pas (encore) érodée un enseignement et une recherche publique qui peut être de qualité. Ce projet propose ainsi de renverser la perspective en observant, non pas seulement les universités privées, mais les perceptions et les pratiques des membres et responsables de l’université publique qui composent avec elles, voire les affrontent.
  • Étudier les logiques et stratégies mises en place par les universités privées pour se développer en investiguant leurs stratégies d’expansion territoriale et de recrutement, ainsi que le sens et les formes que peuvent prendre la recherche de partenariats internationaux pour ces nouvelles universités. En effet, sur les vingt-quatre universités privées recensées créées après 1990, dix-neuf affichent des partenariats internationaux[3]. Si la littérature indique que cela renvoie d’une manière générale à une tendance indéniable des universités, qui depuis une vingtaine d’années veulent être reconnues comme des institutions internationales, symbole d’un certain prestige (Knight, 2015, p. 108), les chercheurs rappellent que le terme « d’université internationale » peut prêter à confusion, tant il renvoie à des réalités diverses (Wagner, 2007, p. 63). Ce champ de recherche en pleine expansion manque encore de cas d’études approfondis susceptibles de mettre en avant les récurrences et particularités de ce phénomène (Levatino, 2016, p. 177). En la matière, aucune étude n’a encore été menée sur ces questions au Liban, alors que ces recherches de partenariats semblent s’affirmer comme un des leviers importants du développement des nouvelles universités privées.

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  • Report du séminaire CIST

    Le séminaire du CIST prévu à Montpellier ce mercredi 11 décembre est annulé et reporté à une date ultérieure