Insaniyyat,  Forum International des Sciences Sociales et des Humanités, organisé dans sa première édition du 20 au 24 septembre 2022 à Tunis, il rassemble plus de 1300 chercheurs, universitaires et artistes de 35 pays du Maghreb, du Moyen-Orient, d’Europe, d’Afrique et d’ailleurs.

Les trois objectifs principaux du Forum sont :

  • Ouvrir un espace de débat entre diverses traditions universitaires sur l’actualité de la recherche dans les différentes sciences humaines et sociales ;
  • Favoriser les échanges entre universitaires, jeunes chercheurs et artistes de sphères linguistiques et de cultures différentes ;
  • Défendre la place des sciences humaines et sociales dans la vie de la cité.

ART-Dev sera représenté par Olivier Pliez (CNRS) qui animera la conférence "Une enquête interdisciplinaire sur le quartier de Sidi Hacine (métropole de Tunis)" où interviendront Sinda Houès-Jouve (UT2J, LISST, Toulouse (France)) et Sylvain Thery (ART-Dev, CNRS, Montpellier, France).

Cécile Jouhanneau (Université Paul-Valéry Montpellier 3) interviendra dans la conférence "Gouverner dans la crise. La matérialité de l’action publique dans les contextes extraordinaires" et Assaf Dahdah sera le discutant de la conférence "Crises migratoires et villes au Moyen-Orient : Quel droit à la ville pour les populations migrantes et réfugiées ?"

Découvrir la programmation complète du forum

Découvrir les résumés des interventions

 

Une enquête interdisciplinaire sur le quartier de Sidi Hacine (métropole de Tunis)

Jeudi 22/09/2022
16h15-18h15

Responsable :  Olivier Pliez, CNRS, ART-Dev, Montpellier, France

  • Hasnia-Sonia Missaoui, UT2J, LISST, Toulouse, France Annulé
  • Sinda Houès-Jouve, UT2J, LISST, Toulouse, France
  • Sylvain Thery, ART-Dev, Montpellier, France

 

  • Olivier Pliez, DR Géographie, ART-Dev, Montpellier, France

Le moustique, objet d'analyse biologique mais aussi sociale et spatiale.
Il existe de nombreuses espèces de moustiques dans le monde, environ 3000. Notre objectif, dans le cadre de cette recherche, est de partir des résultats de recherches menées en biologie et en entomologie afin de mieux saisir en quoi les moustiques repérés dans le Grand Tunis peuvent être un objet de recherches socio-spatiales. Leur présence pose évidemment des enjeux sanitaires importants. Cependant, leur localisation et leur introduction met en lumière des logiques qui ne coïncident pas forcément avec les inégalités territoriales et sociales qu'identifient les SHS. « Les moustiques des pauvres » versus « les moustiques des riches » ? Il s'agira de poser les jalons d'une approche interdisciplinaire où la biologie éclaire, enrichit et nuance l'analyse sociale des espaces urbains. 

  • Sinda Houès-Jouve, UT2J, LISST, Toulouse, France

Dans le cadre des projets Movimed et Vivemo, un des objectifs est d’aborder à Sidi Hassine la qualité environnementale urbaine au prisme de l’évaluation par des habitants sollicités à un moment de leur trajectoire résidentielle et de leur cycle de vie. Comment choisissent-ils un lieu pour « élire domicile » dans des contextes où les choix sont plus contraints qu’ailleurs aux plans économique, social, institutionnel, etc. (Authier et al., 2010)? Comment qualifient-ils leurs espaces de proximité à différentes échelles ? Qu’est ce qui fait à leurs yeux la « valeur » des lieux qu’ils habitent et quelle part y occupent en particulier des problèmes environnementaux construits et éventuellement ciblés par l’action publique (risque inondation, pollutions, moustiques, surchauffe urbaine, bruit, etc.) ? Quelles variations observe-t-on d’une personne à l’autre, mais aussi d’un groupe social à un autre, en lien avec la diversité des lieux et configurations territoriales locales ? S’agissant enfin de l’action publique en matière d’aménagement du territoire, dans quelle mesure peut-on étayer l’hypothèse d’un territoire (Sidi Hassine) qui constituerait une « Zone de sacrifice » à l’échelle du Grand Tunis (Valenzuela-Fuentes K., 2021). 

  • Sylvain Thery, ART-Dev, Montpellier, France  

L’un des objectifs des projets Movimed et Vivemo est d'identifier les gîtes potentiels de reproduction des moustiques tigres, et de caractériser les types d'habitations urbains et d'usage du sol dans des villes portuaires méditerranéennes. Elles donnent lieu à l'acquisition de données audio-visuelles (films, photographies, enregistrements sonores) puis de données biologiques concernant les moustiques et larves prélevés in situ. Nous exposerons le développement méthodologique destinés à géo-référencer ces données de terrain, afin de constituer des bases de données spatialisées, aussi bien sur les aspects urbanistiques que biologiques des recherches. L'objectif à terme est que ces données permettent d'établir une typologie des lieux validée par les observations. Ensuite, par le croisement avec d'autres bases de données existantes (photographies aériennes, données d'usage du sol, données socio-économiques, etc.), on pourra tenter de modéliser les facteurs d'exposition des populations aux risques sanitaires induits par les moustiques et l'environnement. Ceci permettra d'identifier a priori les zones susceptibles d'être des lieux de propagations des pathologies

 


 

Gouverner dans la crise.
La matérialité de l’action publique dans les contextes extraordinaires

Vendredi 23/09/2022
11h00 - 13h00

Responsables : Marine Poirier, CNRS, IREMAM, France et Sahar Aurore Saeidnia, Université libre de Bruxelles, REPI/OMAM, Belgique
Discutante : Layla Baamara, IRMC, Tunis, Tunisie

  • Cécile Jouhanneau, Université Paul-Valéry Montpellier 3, ART-Dev, France
  • Marine Poirier, CNRS, IREMAM, France
  • Camille Abescat, Sciences-Po, CERI / IFPO, France

À situation extraordinaire, problèmes extraordinaires ? Ce panel interroge comment la crise sanitaire inédite provoquée par le Covid-19 a bousculé les modes de fonctionnement routiniers des acteurs du welfare d’une région qualifiée « en crise » depuis des décennies – crises politiques, crises des réfugiés, crises sociales, financières ou encore économiques. Il invite à réfléchir plus largement aux effets de la situation de crise et de la « mise en crise » sur les modes de calcul, d’action et de prise de décision ordinaires d’acteurs devant prendre en charge les vulnérabilités sociales. Dans des contextes d’incertitude aiguë où les demandes de la population en action publique sont décuplées, comment l’action publique ordinaire est-elle mise à l’épreuve ? Quels sont les mécanismes permettant aux acteurs du gouvernement de la crise de redistribuer des ressources, de tenir et d’entretenir les services publics ? La mise en dialogue de ces cas limites, couvrant une région allant de l’épicentre iranien à la Méditerranée et s’appuyant sur des enquêtes individuelles et collectives originales, permettra d’examiner ce qu’il reste des mécanismes ordinaires d’action publique dans des situations extraordinaires. Une attention particulière sera accordée aux dimensions matérielles des circulations et transactions entre acteurs locaux, régionaux et internationaux participant au gouvernement de la crise.

 

  • Cécile Jouhanneau, Université Paul-Valéry Montpellier 3, ART-Dev, France
    Ce que la guerre fait à l’action publique. Enquête sur la lutte contre le chômage en Bosnie-Herzégovine (1951-2018) 

Au même titre que les pandémies et les crises économiques, les guerres sont souvent présentées comme des chocs exogènes sources de changement des politiques publiques et des institutions. La guerre transforme-t-elle forcément la fabrique de l’action publique et si oui, comment ? En prenant pour objet un segment négligé de l’action publique en Bosnie-Herzégovine, les politiques de lutte contre le chômage, on met en évidence les continuités relatives du gouvernement de l’emploi avant, pendant et après la guerre de 1992-1995. L’enquête conduite à différents niveaux de la fabrique de l’action publique, des institutions financières internationales aux échelons entitaires, cantonaux et municipaux suggère que les relations entre les agents de l’intervention de paix et leurs interlocuteurs politiques bosniens sont faites de dépendance mutuelle et de pratiques d’externalisation du travail bureaucratique. De façon similaire à la Yougoslavie socialiste, les partis de gouvernement pèsent de façon discrète sur la fabrique de ces politiques.

  • Marine Poirier, CNRS, IREMAM, France
    Produire de l’action publique dans le Yémen en guerre, un enjeu de survie pour les dirigeants politiques. Retour sur les luttes autour du contrôle des infrastructures des eaux à Aden 

Cette communication analyse comment la capacité à formuler et mettre en place des politiques publiques, et plus généralement à redistribuer des ressources, constitue un enjeu central pour les dirigeants politiques civils dans le Yémen en guerre. À partir d’une enquête auprès des représentants de deux gouvernements concurrents à Aden (le gouvernement Hadi et le Conseil de transition sudiste), j’étudierai comment se déploient les luttes pour le contrôle de la compagnie nationale d’assainissement de l’eau mais aussi des réseaux de distribution de l’eau dans le gouvernorat d’Aden. J’examinerai les effets de contrainte mais aussi d’opportunité produits par la situation de crise et de conflit armé pour les dirigeants civils, dont la légitimité dépend de leur capacité à produire et matérialiser l’action publique sur le terrain, dans un contexte de crise sanitaire et humanitaire majeure (choléra, famine, COVID-19). 

  • Camille Abescat, Sciences-Po, CERI / IFPO, France
    « Les gens veulent tous un travail mais il n’y en a pas » : appréhender la crise du chômage en Jordanie à partir du point de vue de ses député·es. 

Cette communication vise à analyser les effets de la réduction du champ de la redistribution clientélaire sur le quotidien et les pratiques des député-e-s jordaniens et jordaniennes. Alors que la crise du COVID-19 a largement aggravé les taux de pauvreté et de chômage dans le pays, les élu-e-s à la Chambre des député-e-s (majlis al-nuwwâb), intermédiaires vers qui se tourne une population de plus en plus précarisée, sont parmi les premiers et premières témoins d’une telle dégradation. À partir d’enquêtes de terrain conduites entre 2019 et 2022, j’étudierai dans quelle mesure ces représentant-e-s peuvent satisfaire ces demandes décuplées, dans un contexte où le secteur privé offre aujourd’hui peu d’opportunités d’emplois alors que celui-ci représentait jusqu’à lors une alternative au secteur public saturé. Il s’agira de comprendre comment les député·es parviennent, ou non, à faire face à une telle pression et à entretenir ces relations clientélaires qu’ils et elles savent pourtant si nécessaires à leur potentielle future réélection. Cette communication aspire ainsi à mettre en lumière tant les modalités de transformation et de complexification du clientélisme que les effets de ces mutations dans un contexte néolibéral et autoritaire.

 


 

Crises migratoires et villes au Moyen-Orient :
Quel droit à la ville pour les populations migrantes et réfugiées ?

Vendredi 23/09/2022
8h45 - 10h45


Responsable : Héloïse Peaucelle, Université de Tours - Ifpo, France
Discutant : Assaf Dahdah, CNRS, ART-DEV, France

  • Assaf Dahdah, CNRS, ART-Dev, France
  • Solenn Al Majali, Aix-Marseille Université, Telemme, France – Ifpo Amman, Jordanie
  • Rouba Kaedbey, Université de Tours, Citeres, équipe EMAM, France
  • Héloïse Peaucelle, Université de Tours, Citeres, équipe EMAM – Ifpo, France

Au cours des dernières décennies, les conflits et les crises économiques et sociales ont été le moteur d’importants mouvements de populations au Moyen-Orient, en particulier vers la Jordanie et le Liban. Ce sont majoritairement les villes qui accueillent les populations réfugiées et les travailleurs migrants. Ces villes connaissent par ailleurs des bouleversements sociaux et spatiaux liés à des contextes politiques en crise, à la modernisation des modes d’habiter et au fonctionnement néolibéral. Dans ce contexte, les immigrants sont souvent relégués dans les espaces en marge de villes fragmentées.
Cet atelier thématique propose de questionner le droit à la ville pour les populations immigrantes, en analysant le rapport de ces personnes à l’espace urbain, sur la base de travaux empiriques menés dans la région. Le concept de droit à la ville pourra être mobilisé pour décrire l’accès aux services, aux logements, à la mobilité et aux espaces publics, mais aussi la place des personnes migrantes dans la planification et la gestion urbaine. L’atelier fera émerger un ensemble de contraintes et d’interdictions qui pèsent sur les personnes immigrantes, et qui divisent les populations sur la base de statuts, de nationalités et de parcours migratoires. Ces inégalités diverses, mettent en exergue des processus de ségrégation et d’invisibilisation des personnes immigrantes dans les villes mais font également apparaître l’agentivité des habitants et leurs compétences d’interactions et de transformations spatiales.

 

  • Assaf Dahdah, CNRS, ART-Dev, France
    Repenser le droit à la ville à l'aune de la précarité statutaire au Moyen-Orient

La notion de droit à la ville telle que proposée par Henri Lefebvre invite, depuis une perspective française, à une réappropriation des espaces urbains, notamment de la part des personnes mise à l'écart par les rapports de pouvoir. Du Moyen-Orient au Maghreb, où inégalités et autoritarisme prévalent, les travaux qui ont abordé les problématiques urbaines à travers ce prisme depuis le début des années 2000 ont permis de rendre visible des populations des espaces et des pratiques jusqu'alors marginalisés, de révéler des enjeux longtemps négligés. Cependant, la question de la précarité statutaire demeure un impensé car la notion de droit à la ville elle-même suggère un dépassement de cette dimension politique pourtant centrale lorsqu'il s'agit d'envisager “le droit à”. Il s'agira donc de revenir sur l'importance de la question statutaire et in extenso de la citoyenneté dans des pays où celle-ci est largement atrophiée, et de la replacer au cœur d'une réflexion sur le droit à la ville. 

 

  • Solenn Al Majali, Aix-Marseille Université, Telemme, France – Ifpo Amman, Jordanie
    Projet Ithaca du CNRS "Interconnected Histories and Archives for Migrants", Réfugiés africains et yéménites métis à Hay al-Masarwah : entre frontières ethniques et sociabilités mixtes

Cette présentation portera sur l’étude d’un quartier populaire d’Amman, à l’aune des différents mouvements migratoires qui l’ont nourrie. Le quartier al-Masarwah, où vivent réfugiés africains et yéménites métis, populations jordaniennes, ouvriers égyptiens et travailleuses philippines, est en effet caractérisé par une mixité à la fois culturelle et statutaire. La coprésence de ces différentes communautés au sein de ce quartier sera abordée à travers les observations des relations de voisinage et des interactions quotidiennes entre les habitants. Quelles négociations sociales et quelles stratégies d’évitement des conflits se mettent en place en cas de querelle ? Les relations hiérarchisantes entre les populations entraînent la fabrication de frontières ethniques (Barth, 1969). Ces frontières ethniques sont également visibles à travers les espaces de sociabilités mixtes qu’investissent et façonnent les populations réfugiées.

 

  • Rouba Kaedbey, Université de Tours, Citeres, équipe EMAM, France
    Location informelle et droit à la ville : Le cas des migrants-locataires dans les quartiers non-réglementaires de Beyrouth

Les migrants étrangers de classes populaires arrivant à Beyrouth trouvent souvent leur abri dans les quartiers non-réglementaires, ils alimentent ainsi un marché locatif informel. En situation d’altérité face à des habitants dominants, ils mettent en œuvre un ensemble de stratégies pour tenter de construire un chez soi. Or, ces stratégies restent limitées par des contraintes - telles que des rapports de force avec le bailleur et les autorités locales - induisant des restrictions sur leurs pratiques dans l’espace. Ce contexte paralyse leurs expériences de l’habiter dans toutes ses dimensions ; matérielle, idéelle et symbolique. Il s’agit d’étayer cette idée à travers une enquête empirique menée dans deux quartiers populaires de la banlieue sud de Beyrouth où les migrants-locataires subissent des formes de dépossessions de leurs espaces public et privé. Ensuite, il est question d’interroger la politique de laisser-faire de l’Etat et des autorités locales qui génère des inégalités dans l’accès aux ressources de la ville et plus largement dans le droit à la ville.

 

  • Héloïse Peaucelle, Université de Tours, Citeres, équipe EMAM – Ifpo, France
    Différentiations des pratiques sous contraintes. Le droit à la ville pour les réfugiés syriens à Irbid

Irbid, deuxième ville de Jordanie par son aire métropolitaine, accueille depuis 2011 plus de 135 000 réfugiés syriens. A partir d’une enquête de terrain menée à Irbid, cette communication reviendra sur l’articulation entre politiques d’accueil des réfugiés syriens appliquées à l’échelon national, et contraintes d’accès aux services à l’échelle de la ville et à celle du quartier. Face à ces limites, les réfugiés syriens produisent des actions ajustées. En analysant à la fois le vécu des individus, mais aussi les transformations d’un quartier, il sera montré que ces populations aux droits restreints, parviennent dans certains cas, à impulser des changements de pratiques urbaines. Nous verrons aussi dans quelle mesure ces phénomènes discrets, voire parfois invisibles, sont porteurs d’évolutions dans la conception de l’espace et la mobilisation de plusieurs catégories d’acteurs. En témoigne notamment une sensibilisation municipale qui s’exprime à travers la formulation de nouveaux projets urbains


Dans les médias

Les derniers dépôts dans HAL-SHS

28 septembre 2022