Séminaire : Capabilités, organisations et travail

Séminaire : Capabilités, organisations et travail
Date : 2020-01-21
Date de fin : 2020-01-21
Séminaires ART-Dev
Site de St-Charles

Capabilités, organisations et travail

Salle colloque 1 – Site de Saint-Charles (université Paul-Valéry Montpellier 3)

 

Intervenants :

  • Josiane Véro (Cereq)
  • Bénédicte Zimmerman (HESS)
  • Emmanuel Puissant (Université Grenoble)
  • Nicolas Farvaque (ORSEU)

 

Structuration de la journée

9h30 – Début de la journée

  • Introduction - 9h30
  • Nicolas Farvaque (capabilités et politiques d’insertion) 10h-10h30
  • Josiane Véro et Bénédicte Zimmerman (L’organisation capacitante) 10h45-11h15
  • Emanuelle Puissant (les aides à domicile) 11h30-12h30

14h30 Table ronde

  • Les enseignements de la matinée (questions des étudiants)
  • Les politiques publiques et emplois peu qualifiés
  • Les capabiliités : pour qui ? Pour quels publics ?

16h30 Conclusion et Clôture de la journée

 

L’exercice de la responsabilité individuelle implique obligatoirement selon Sen une liberté positive d’action, liberté qui ne va pas de soi, qui ne tient pas plus à la seule volonté de l’individu qu’à la velléité du législateur de créer de nouveaux droits formels ou à la « transparence » du marché. La notion de « pouvoir effectif » (Sen, 1985, 2010) ne renvoie d’ailleurs pas seulement à une conception des capabilités en termes de droits. Elle convoque également la responsabilité et les devoirs de l’individu tout en admettant la possibilité d’une inhibition du choix (Sen, 2005). Cette inhibition peut se manifester par des préférences adaptatives. Ces dernières correspondent a minima à des situations face auxquelles les personnes en viennent à « concentrer leurs désirs sur les petites choses qu’elles peuvent éventuellement atteindre, plutôt que d’aspirer vainement à ce qui est hors de portée » (Sen, 2000, p. 85) et parfois même à des situations où « l’opprimé apprend si bien à supporter son fardeau qu’il ou elle finit par le négliger » (Sen, 1984, p. 309). « D’où l’importance de tenir compte, au-delà des capabilités d’accomplir différentes choses, de la capabilité de pouvoir choisir parmi les fonctionnements accessibles et de renforcer sa qualité d’agent » (Gilardone, 2018, p. 72).

Julhe fait justement remarquer que chez Sen « si le social est susceptible de peser sur les ressources ou les droits d’accès donc sur l’étendue de la structure d’opportunités, son poids se ferait bien moindre lors des phases de choix [… alors qu’il] est tout à fait envisageable que les conduites de vie d’une personne, y compris les processus cognitifs à partir desquels elle réalise ses choix, soient socialement construites » (Julhe, 2016, p. 329). Il en découle de nombreux problèmes méthodologiques. « Comment séparer, dans l’évaluation que fait une personne de sa situation, ce qui relève d’un jugement objectif ou d’une adaptation subjective (en général vers le bas) à des contraintes qu’elle juge inéluctables (préférences adaptatives) ? Comment éviter de naturaliser des catégories générales (telles que le sexe, l’âge ou le niveau de formation ou de qualification) et d’en faire des déterminants structurels, voire des propriétés intrinsèques des individus ? » (Salais, 2007, p. 8). Comment se départir de certaines représentations dominantes et demeurer attentifs aux capacités effectives des individus à convertir les ressources mises à leur disposition et celles qui leur sont propres dans le but d’atteindre ou d’approcher une situation qui a du sens et un intérêt pour eux ?

Ce séminaire abordera l’approche par les capabilités sous l’angle du travail et de l’emploi (sans pour autant postuler que le travail est pour tout un chacun une valeur centrale et une source d’épanouissement). Cette approche nous invite à interroger les contextes organisationnels dans lesquels se meuvent les personnes comme les processus d’individualisation actuellement centraux dans les politiques sociales, d’emploi et de formation. Les individus au travail (ou en recherche d’emploi) font face à une série d’épreuves qui ne peuvent être surmontées qu’en mobilisant des dispositifs de conversion. Si Sen ne définit pas précisément ce que peuvent être ces mécanismes de conversion d’autres, à la suite de Robeyns (2017), s’y sont attelés, y compris dans le cadre de réflexions sur le marché du travail (Bonvin & Farvaque, 2007 ; Caillaud & Zimmermann, 2011 ; Vero & Sigot, 2017). Les opérateurs ou facteurs de conversion peuvent être individuels (caractéristiques, capacités ou compétences individuelles), sociaux (normes sociales, contexte sociopolitique et culturel, dispositifs mis en place par les partenaires sociaux et les pouvoirs publics, etc.) ou environnementaux (environnement naturel, infrastructures, dispositifs mis en place par les employeurs, etc.). En quoi cet appareillage conceptuel permet-il d’éclairer les questions relatives au travail et à l’emploi ? Quel est son potentiel heuristique ? Nous proposons d’aborder ces questions en nous focalisant sur les salariés en emploi peu qualifié et les organisations susceptibles de les employer. Un secteur d’activité, l’aide à domicile (Devetter & Puissant, 2018), sera tout particulièrement investigué.

 

Bibliographie :

  • Bonvin J-M & Farvaque N. (2007), « L’accès à l’emploi au prisme des capabilités, enjeux théoriques et méthodologiques », Formation emploi, n°98, pp. 9-22.
  • Caillaud P. & Zimmerman B. (2011), « Sécurisation des parcours et liberté professionnelle : de la « flexicurité » aux capacités », Formation emploi, n°113, janvier-mars, pp. 33-48.
  • Devetter F-X & Puissant E. (2018), « ‪Mécanismes économiques expliquant les bas salaires dans les services à la personne‪. Une analyse centrée sur les aides à domicile », Travail et emploi, Vol. 155-156, n°3, pp. 31-64.
  • Gilardone M. (2018), « Amartya Sen : un allié pour l’économie de la personne contre la métrique des capabilités. Deux arguments pour une lecture non fonctionnelle de la liberté chez Sen », Revue de philosophie économique, Vol. 19, n°1, pp. 49-77.
  • Julhe S. (2016), « L’approche par les capabilités au travail. Usages et limites d’une économie politique en terre sociologique », Revue française de sociologie, Vol. 57, n° 2, pp. 321-352.
  • Robeyns I. (2017), Wellbeing, Freedom and Social Justice. The Capability Approach Re-Examined, Cambridge, Open Book Publishers.
  • Salais R. (2007), « Introduction : À la recherche de principes novateurs pour l’action publique », Formation emploi, n°98, pp. 5-8.
  • Sen A. (1984), « Rights and Capabilities », in Sen A., Resources, Values and Development, Oxford, Blackwell et Cambridge (Mass.), Harvard University Press, pp. 307-325.
  • Sen A. (1985), Commodities and Capabilities, North Holland.
  • Sen A. (2000), Repenser l’inégalité. Paris, Seuil.
  • Sen A. (2005), Rationalité et Liberté en Economie, Paris, Odile Jacob.
  • Sen A. (2010), L’idée de justice, Paris, Flammarion.
  • Véro J. & Sigot J-C (2017), « Comment les entreprises s’organisent pour mettre les salariés en capacité de se former », Formation emploi, n°137, pp. 73-95.

 

 Généré par AllEvents